Monde EuropeEurope. En huit années au pouvoir, le Premier ministre espagnol n’avait jamais affronté pareille tempête politique. articleLecture 4 MinPublié le 05/09/2026 à 08:52Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s'exprime devant le Congrès des députés à Madrid, en Espagne, le 3 septembre 2026.EPADu Covid à l’amnistie des indépendantistes catalans ou aux scandales de corruption de son entourage, il était imperméable aux crises. C'est ainsi qu'une partie de l'Europe voyait encore Pedro Sanchez jusqu’au 31 juillet dernier, lorsque 72 000 migrants marocains ont afflué dans l'enclave de Ceuta, faisant au moins 91 victimes. Un épisode dramatique qui pourrait marquer le début de la fin pour le "chevalier blanc" de la gauche européenne. En huit années au pouvoir, Pedro Sanchez n’avait encore jamais affronté une tempête politique d’une telle ampleur. Convoqué le 3 septembre en session extraordinaire devant le Parlement, le président du gouvernement espagnol a - de nouveau - exonéré Rabat de toute responsabilité dans l’organisation de cet afflux massif, accusant plutôt la Russie, Israël et une "internationale d’ultradroite" d’avoir alimenté la crise par la désinformation. "Je peux vous assurer qu’aucune institution, ni le service diplomatique, ni la Commission européenne, ni aucun organisme international n’a fourni au gouvernement espagnol la moindre preuve solide que le Maroc ait planifié ou exécuté cet incident", a-t-il insisté. Un récit qui contredit un récent rapport du renseignement policier espagnol dénonçant la permissivité des forces marocaines à la frontière.Son camp est très divisé La version de Sanchez n'a en tout cas convaincu ni le PP (droite) d’Alberto Núñez Feijóo, qui réclame sa démission, ni Vox (extrême droite) de Santiago Abascal, qui a surfé sur le thème de "l’invasion" migratoire. Plus embarrassant encore pour le chef du gouvernement, elle divise son propre camp. Selon un sondage de l’institut Sigma Dos pour El Mundo, 61,9 % des électeurs du PSOE (le parti de Sanchez) estiment que le Maroc a instrumentalisé cette crise pour faire pression sur Madrid. Signe que la crise s'envenime : des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue le 2 septembre, dont près de 50 000 à Madrid.Sous pression, Sanchez a promis de rendre publics les rapports et alertes transmis par les services de sécurité et de renseignement qui ont précédé la crise de Ceuta. Trop tard : la droite agite - sans preuve - l’idée que Pedro Sanchez ménage Rabat par crainte que le Maroc ne dévoile des informations compromettantes sur lui, obtenues en 2021 par l’intermédiaire d’un logiciel espion installé sur son téléphone. Autre point particulièrement gênant : le Premier ministre n’a reconnu que deux semaines plus tard avoir convoqué, le 21 août, l’ambassadrice du Maroc, après les propos polémiques de deux ministres marocains réaffirmant publiquement les revendications de Rabat sur Ceuta et Melilla. Les deux enclaves sont espagnoles "à perpétuité" et "le resteront jusqu’à la fin des temps", a cependant fini par réaffirmer Pedro Sanchez devant le Parlement. S'il a raison de ne pas braquer Rabat pour des raisons éminemment stratégiques, comme la gestion des migrants ou les relations commerciales, encore faut-il que le Maroc coopère pleinement, notamment pour permettre le retour des quelque 5 000 Marocains encore présents dans l’enclave.À quelques mois des législatives de 2027, le ver est dans le fruit. Pour les socialistes, que les derniers sondages donnent battus par la droite, la spirale négative semble bel et bien enclenchée. Et Sanchez, en quête d’un troisième mandat, s’avance vers un scrutin qui s’annonce particulièrement périlleux.