Monde EuropeMondeEurope. L'afflux inédit de plus de 50 000 migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta, en fin de semaine, a provoqué un séisme politique en Europe. Si la situation est désormais sous contrôle, le Premier ministre Pedro Sanchez fait face à une double offensive, à Bruxelles et à Madrid.Par Kenza Soares El SayedPublié le 02/08/2026 à 18:22Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s'exprime à Ceuta, en Espagne, alors que des migrants traversent en masse, à pied et par la mer, depuis le Maroc vers le territoire espagnol, le 31 juillet 2026. REUTERS/Fabian Bimmer TPX IMAGES DU JOURREUTERSAlors que les autorités espagnoles affirment avoir reconduit vers le Maroc la quasi-totalité des quelque 50 000 personnes entrées de façon irrégulière dans l'enclave de Ceuta, entre le 30 et le 31 juillet, la crise migratoire se mue désormais en crise politique. Cet afflux inédit, le plus important jamais enregistré dans cette frontière extérieure de l'Union européenne, a profondément divisé les États membres et relancé le débat sur la gestion des frontières au sein de l'espace Schengen. À Madrid, le Premier ministre Pedro Sanchez fait face à une double offensive : à l'extérieur, plusieurs gouvernements européens critiquent avec virulence la gestion espagnole de la crise, tandis qu'à l'intérieur, l'opposition de droite et d'extrême droite accuse le socialiste d'avoir favorisé un "appel d'air" par sa politique migratoire.Une Europe diviséeLes images des dizaines de milliers de migrants traversant la frontière de Ceuta en l'espace de deux jours ont en effet rapidement suscité des réactions dans plusieurs capitales européennes. Samedi, Pedro Sanchez a demandé la convocation d'une réunion exceptionnelle des ministres de l'Intérieur des Vingt-Sept, qui aura lieu mardi, tout en dénonçant le comportement "impardonnable" de certains dirigeants européens. Une attaque notamment envers la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qui a vivement critiqué Madrid et décidé de rétablir temporairement des contrôles aux frontières maritimes et aériennes entre l'Italie et l'Espagne. La dirigeante d'extrême droite est également allée plus loin en appelant à une suspension de l'Espagne de l'espace Schengen - une hypothèse juridiquement impossible, mais qui a trouvé un écho parmi les gouvernements danois et finlandais.Dans le même temps, vingt-deux des vingt-sept États membres ont adressé une lettre au président du Conseil européen, António Costa, et à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Les signataires s'y disent préoccupés par "les franchissements massifs et incontrôlés" de la frontière de Ceuta, ainsi que par "l'instrumentalisation des migrations", estimant que ces événements risquent de donner le sentiment qu'il est possible d'entrer illégalement dans l'Union européenne. Seuls la France, le Portugal, l'Irlande, la Slovénie et l'Espagne n'ont pas signé ce texte.Dans une lettre adressée aux dirigeants européens, le socialiste Pedro Sanchez a ainsi dénoncé une attitude "motivée par les préjugés, les fausses informations, l'ignorance ou des intérêts politiques", qu'il juge contraire "au droit européen, au droit humanitaire et aux principes de solidarité" qui fondent l'Union.Soutien de Paris et LisbonneSi plusieurs gouvernements ont adopté un ton particulièrement ferme, les voisins français et espagnols ont, au contraire, affiché leur soutien à Madrid. Le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nunez, a ainsi assuré qu'il n'était "absolument pas question" que l'Espagne quitte l'espace Schengen, et salué une coopération "très, très, très bonne" entre les deux pays.À Lisbonne, le gouvernement a temporairement renforcé les contrôles, mais a rejeté catégoriquement l'idée d'une fermeture de la frontière. "Il s'agit d'une affaire sérieuse qui mérite d'être suivie. Pour autant, je crois qu'il n'y a pas besoin de devenir hystérique ni de constamment lancer des idées en l'air, s'agissant de décisions qui doivent être mesurées", a indiqué le Premier ministre portugais Luís Montenegro vendredi soir.Il répondait notamment au parti portugais d'extrême droite Chega, dont le président André Ventura a réclamé vendredi la suspension momentanée de l'Espagne des accords de Schengen, afin que "la négligence d'un gouvernement n'affecte pas la sécurité de tous les autres pays européens".Sanchez accusé de "laxisme" à sa droiteEn interne, la droite et l'extrême droite espagnole se sont aussi rapidement saisies du drame de Ceuta - dans lequel au moins 57 migrants ont perdu la vie - pour intenter un procès politique contre le gouvernement madrilène. Pour elles, l'afflux massif de migrants aurait été la conséquence de la politique migratoire du socialiste Pedro Sanchez, qui a régularisé plus d'un million de migrants sans papiers ces derniers mois.Santiago Abascal, le chef du parti d'extrême droite Vox, a ainsi accusé Pedro Sanchez d'inciter à "une invasion" avec sa politique migratoire et a déclaré que la crise montrait que le Premier ministre "se comportait comme un ennemi de l'Espagne".De son côté, le Parti populaire (conservateur) développe une argumentation similaire. Son secrétaire général, Miguel Tellado, a estimé que ce programme a envoyé un signal susceptible d'encourager de nouvelles arrivées : "Personne ne peut s'étonner que des milliers de personnes veuillent entrer dans un pays qui régularise du jour au lendemain plus d'un million d'immigrants en situation irrégulière", a-t-il écrit sur le réseau social X.Le gouvernement réfute fermement ces accusations. Il rappelle que le dispositif de régularisation est soumis à des critères très stricts, notamment la preuve d'une résidence en Espagne avant le 1er janvier 2026 et de cinq mois de résidence continue au moment du dépôt de la demande. L'exécutif souligne également que les candidatures à ce programme, ouvert en avril, étaient closes au moment où la crise de Ceuta a éclaté. Pedro Sanchez argumente par ailleurs que cette politique de régularisation est une mesure nécessaire pour répondre au vieillissement démographique et aux besoins du marché du travail espagnol - une analyse qui a également été soutenue par le patronat espagnol au moment de son implémentation. Madrid soupçonne une manœuvre de RabatEn parallèle, le gouvernement espagnol soupçonne le Maroc d'avoir volontairement relâché les contrôles à la frontière afin de faire pression sur Madrid, dans un contexte de tensions diplomatiques. Selon les autorités espagnoles, les forces de sécurité marocaines, habituellement déployées le long de la frontière avec Ceuta en coordination avec la Garde civile, étaient absentes au moment des passages massifs de ces derniers jours.Ce scénario rappelle la crise de mai 2021, lorsque Rabat avait laissé entrer près de 8 000 migrants à Ceuta après l'accueil en Espagne du chef du Front Polisario, Brahim Ghali, qui milite pour l'indépendance du Sahara occidental, un territoire revendiqué par le Maroc. Plusieurs observateurs évoquent cette fois les récents rapprochements entre Madrid et Alger autour d'accords énergétiques comme un possible facteur de tensions. Le Royaume du Maroc, lui, a rejeté toute implication, assurant qu'il "ne favorise ni n'encourage l'immigration irrégulière".
Crise de Ceuta : comment Pedro Sanchez s'est retrouvé isolé sur la scène européenne
L'afflux inédit de plus de 50 000 migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta, en fin de semaine, a provoqué un séisme politique en Europe. Si la situation est désormais sous contrôle, le Premier ministre Pedro Sanchez fait face à une double offensive, à Bruxelles et à Madrid.










