17 juillet 2026 18:15Autodidacte, Bassel Taylouni fabrique seul des glaces sans turbine, avec trois ingrédients de base et des saveurs qui mêlent amour du chocolat, précision artisanale et racines syriennes.Sabato Gelato: une quête estivale de glaces artisanales qui ont une histoireSaveurs et rencontres en huit épisodes, de Knokke à Saint-TrondDe la glace à l’éclair à une création inspirée de Winnie l’ourson, les glaciers savent nous réjouir et nous surprendre. Dans cette quête estivale, nous dressons le portrait des artisans passionnés qui se cachent derrière huit glaciers artisanaux. Nous goûtons leurs créations et tentons de comprendre ce qui fait passer une bonne glace au rang de glace exceptionnelle. Et pourquoi quelqu’un fabriquerait-il une glace au baklava?Épisode 3: Bas Ice Cream, GandUne entreprise individuelle avec une touche syrienneDans ce troisième épisode, nous nous retrouvons dans la maison mitoyenne gantoise de Bassel Taylouni: un marketeur syrien parti à la recherche d’une recette de glace au chocolat sans turbine.Il a grandi à Damas, mais travaillait ici comme marketeur: Bassel Taylouni est un glacier autodidacte, avec une prédilection pour le chocolat et les saveurs du Moyen-Orient.Lire aussiLe concepteur et propriétaire? Bassel Taylouni. Le glacier? Bassel Taylouni. Le vendeur? Encore Bassel Taylouni. "Je suis une véritable entreprise individuelle", sourit Bassel Taylouni, 34 ans, dans un anglais parsemé de mots néerlandais. Ce Gantois syrien a lancé Bas Ice Cream en 2021 et fait toujours tout lui-même. Son glacier, installé dans une maison mitoyenne du quartier gantois de Dampoort, est peint dans de joyeuses couleurs pastel et brille par sa simplicité. Un congélateur et un comptoir, un plan de travail avec un robot de cuisine posé dessus, et à la porte, en grandes lettres stylisées, l’offre du jour. "Made with only cream, milk and sugar", lit-on tout en haut. Cette promesse est au cœur de toutes les glaces de Bas: à cette trinité, il n’ajoute que des arômes naturels.© Alexander d'HietLire aussi"Je voulais garder la glace aussi pure et centrée sur le goût que possible."Il montre la liste des ingrédients sur un pot de glace au chocolat blanc: outre la crème, le lait et le sucre, on n’y trouve que du beurre de cacao et de l’extrait de vanille. "That’s it", dit Taylouni. "Si vous lisiez la liste des ingrédients d’un pot de glace au chocolat blanc du supermarché, vous y verriez toute une série de numéros E et de noms compliqués d’arômes, de stabilisants et d’émulsifiants." Ces produits sont utilisés par les fabricants industriels pour donner de la texture à la crème glacée, économiser sur les arômes naturels et prolonger sa conservation. "Je ne veux pas participer à cela", dit Taylouni. "Quand j’ai commencé à expérimenter avec la glace, j’ai décidé pour moi-même que je voulais la garder aussi pure et centrée sur le goût que possible. C’est pourquoi je n’utilise que trois ingrédients, ainsi que de vrais ingrédients pour renforcer les saveurs."Le glacier a commencé ses expériences glacées en 2020, pendant le premier confinement lié au coronavirus. "Je suis un grand fan de glace au chocolat, mais je n’ai jamais trouvé de marque qui soit vraiment exceptionnelle. Je me suis donc dit que ce serait un beau projet d’essayer d’en faire moi-même." Outre le travail avec des ingrédients purs, Taylouni s’est imposé une autre contrainte: il devait pouvoir faire la glace sans machine à glace. "Tout simplement parce que je n’en avais pas. En expérimentant, je suis arrivé à une texture que je trouvais intéressante."Lire aussi© Alexander d'HietUne glace fabriquée sans turbine — une machine qui fouette le mélange tout en le congelant — évoque un parfait français ou la booza du Moyen-Orient, cette glace élastique à la fleur d’oranger et à l’eau de rose, populaire de la Syrie à Dubaï. La booza est préparée en pilant la glace dans un tambour réfrigéré, puis en l’étirant à l’aide de spatules, au lieu de la turbiner. Taylouni a lui-même grandi à Damas, la ville du célèbre Bakdash, un salon qui fabrique de la booza depuis la fin du XIXe siècle. "Mais pour être honnête, je suis plutôt amateur de crème glacée issue des traditions européenne et américaine. Elle a une texture plus agréable: elle est plus légère." Taylouni n’est pas non plus un grand adepte du parfait. "Il contient beaucoup de crème et de jaune d’œuf, ce qui le rend lourd.""J’aime être une entreprise individuelle."Grâce à des recherches sur internet et à de nombreux essais, Taylouni a découvert qu’avec un robot de cuisine et différents types de sucre, il pouvait déjà aller très loin. "Le sucre et le lait se comportent très différemment selon le type de sucre utilisé — fructose, glucose, saccharose. La liaison, le point de fusion et donc la texture de la glace varient. La manière dont les saveurs se développent change aussi." Il décrit lui-même la texture de sa glace comme "plus douce que la booza, moins lourde et sucrée que la glace américaine, et moins aqueuse et légère que la gelato italienne. Quelque part entre les deux."© Alexander d'HietVers la mi-2020, le glacier avait trouvé sa propre recette. Il distribuait sa glace maison à des amis et a commencé à envisager d’ouvrir sa propre affaire. "Je travaillais alors comme brand strategist dans une entreprise horeca, mais je sentais que ce poste ne m’offrait pas beaucoup d’avenir. J’ai donc osé me lancer." Un an plus tard, Taylouni ouvrait son entreprise individuelle dans cette rue commerçante animée de Dampoort. L’entrepreneur avait alors déjà parcouru un long chemin. Il a fui la guerre civile en Syrie en 2014 et est arrivé en Belgique via le Commissariat aux réfugiés des Nations unies. À la Haute École bruxelloise Odisee, il a suivi une formation en marketing et y a reçu son surnom, Bas.Le panneau à l’entrée liste aujourd’hui sept parfums, de raw chocolate à "ripe strawberries". La poudre de baies rouges de sumac apporte à ce dernier une touche fraîche et acidulée. Cette poudre fait partie des quelques saveurs de Bas qui renvoient à ses racines syriennes. On trouve ainsi aussi dans le congélateur une glace à la menthe poivrée avec morceaux de chocolat, une glace à base de pistache et une version glacée du café syrien à la cardamome. "L’un des avantages d’une entreprise individuelle, c’est que je peux tout décider moi-même et donc développer des saveurs que l’on ne trouve pas facilement dans les glaciers classiques."Lire aussi© Alexander d'HietGelato Fun FactsLes parfums les plus particuliers de Bas Ice Cream, le glacier Bassel les a regroupés sous le nom de "signature". Deux d’entre eux figurent chaque mois au menu, comme la glace à la menthe poivrée et au chocolat, Mont Blanc, et la glace au chocolat avec cerises, Black Forest, en juin.Que Bas soit tendance se goûte dans la glace au honeycomb, une version à base d’un biscuit croquant coréen au bicarbonate de soude et au caramel, qui rappelle un peu un rayon de miel — honeycomb — et qui a été popularisé par la série Netflix Squid Game.Sur commande, Bassel Taylouni réalise aussi des gâteaux glacés dans lesquels il décline ses saveurs typiques: beurre noisette, caramel, pistache-rhubarbe, stracciatella et lemon meringue. Prix: 47 euros pour 6 à 8 personnes.Quelques autres créations Bas particulières? La halva, à base de glace au sésame et de pistaches vertes, et Sesame Street, une version au sésame noir et à l’eau de fleur d’oranger.Bas ne vend ses glaces qu’en petits pots. La petite version contient 120 ml, soit l’équivalent d’une boule et demie à deux boules, pour 4 euros ; la grande contient 480 ml, pour 13 euros. C’est lié à la méthode de production, explique le glacier. "Comme je travaille sans stabilisants, la glace n’est pas faite pour être servie sur un cornet." Taylouni y voit surtout des avantages. "Je peux servir les gens très rapidement: commander, payer, remettre le pot, et c’est terminé. Quand il y a une file, ça avance quand même bien ici."Bas Ice Cream attire aussi beaucoup de clients qui achètent la glace pour la déguster chez eux. "Certains viennent parfois de loin, avec des sacs isothermes pour garder la glace au frais." Pour quelques établissements horeca gantois, Bas remplit également des pots de 2,5 litres. Il aimerait augmenter cette production. "J’espère déménager cette année vers un local dans la Donkersteeg, plus au centre de Gand. J’y aurais un peu plus de place pour produire. Je ne veux pas beaucoup plus m’agrandir pour l’instant: j’aime être une entreprise individuelle."Lire plusIce Ice Amy: quand une ingénieure se lance dans les glacesNos bars préférés à GandYves Mattagne: quand le service en salle redevient spectacle
Bas Ice Cream, à Gand: un glacier autodidacte puise son inspiration dans la tradition syrienne
Autodidacte, Bassel Taylouni fabrique seul des glaces sans turbine, avec trois ingrédients de base et des saveurs qui mêlent amour du chocolat, précision artisanale et racines syriennes.








