Débile : histoire d'un mot qui a changé de sens
Isabelle, de Vannes, dans le Morbihan, m’interpelle. Elle revient sur un Bonbon sur la langue d’il y a quelques semaines, où je répondais à François-Xavier, de Lens, qui me demandait d’arbitrer entre sa fille et lui : François-Xavier disait 'débilitant', sa fille 'débilisant'.
J’avais confirmé au papa que tous les dictionnaires lui donnaient raison : aucun ne connaît "débilisant". Pourtant, certaines ressources en ligne répertorient le terme : il pourrait donc bien faire son entrée un de ces jours dans les dicos officiels. Le mot "débilitant" en revanche, est partout, mais attention : débilitant, ce n’est pas "qui rend idiot", c’est "qui affaiblit physiquement ou moralement", selon la définition du Larousse. On parle d’une "chaleur débilitante", par exemple, en cas de canicule…
Mais Isabelle veut en savoir plus ! "Vous avez dit que débilitant signifie 'qui affaiblit' et non 'qui rend idiot', mais comment se fait-il alors que le mot débile signifie 'idiot'", m'écrit-elle. Ah, je comprends que vous ne compreniez pas, Isabelle, parce que, une fois de plus, le français n’est pas logique, eh non.
C’est simplement que débile a changé de sens avec le temps… mais ce n’est pas forcément le cas de tous les mots de sa famille. Débile arrive en français au XIIIe siècle, emprunté au latin debilis, signifiant "faible, infirme, estropié". C’est au cours du XIXe siècle seulement, donc très récemment à l’échelle de notre langue, que le sens du mot s’est rétréci pour "désigner presque exclusivement une déficience intellectuelle".









