Le sujet du jour porte un nom compliqué, mais c’est un truc tout simple, que tout le monde fait, et d'ailleurs surtout les enfants. Il s’agit de répondre à la question de Loïck, habitant près de Fontainebleau, qui m’écrit ceci sur Instagram : "Bonjour chère Muriel, J’entends de plus en plus les journalistes utiliser un élément de langage qui me gêne : ‘Le gouvernement, il a décidé…’ ; ‘La météo, elle nous dit que…’ ; ‘L’accusé, il a répondu…’, etc. Est-ce correct ?"
Cette façon de parler, que nous adoptons tous parfois (peut-être pas Loïck !), fleure bon la cour de récré : "Mon papa, il est policier", "Ce vélo, il est à moi." Au lieu, bien sûr, de "Mon papa est policier", "Ce vélo est à moi".
Je comprends bien ce qui agace notre ami des mots : on répète le sujet de la phrase par un pronom (ce vélo, il ; mon papa, il) alors que c’est superflu, et que cela alourdit inutilement la phrase. Cette tendance est d’autant plus surprenante que, je le fais souvent remarquer dans le Bonbon sur la langue, l’usage raccourcit habituellement tout ce qu’il peut, pour aller au plus rapide. Là, on rallonge, puisqu’on ajoute un mot inutile.
Une figure de rhétorique en bonne et due formeAlors pourquoi ? Il s’agit, explique le site de l'Académie française, de donner de l’emphase à son propos, d’insister sur ce qui est important. Évidemment, l’opération se fait inconsciemment. Autre avantage, elle vous donne le temps de réfléchir à la suite de votre phrase. La chose est considérée comme une figure de rhétorique en bonne et due forme, figurez-vous – si, si –, et qui plus est porteuse d’un nom pompeux vaguement intimidant : la "dislocation à gauche".








