Angela Do Rasario, d’origine cap-verdienne, entourée de ses enfants Zacharie, Elia et Indy dans leur jardin à Marseille, le 24 juin 2026. Ces derniers parlent italien à la maison et français à l’extérieur. Ils ne comprennent que très peu le créole du Cap-Vert. NINA MEDIONI POUR « LE MONDE »

Dans son salon aux murs ocre, dans le 13e arrondissement de Marseille, les doigts d’Angela Do Rasario se déplient un à un, au rythme d’un décompte mental. « Cinq, annonce-t-elle, simplement. Le créole cap-verdien et le portugais [les deux langues officielles du Cap-Vert], l’italien, le français et l’anglais. » Aucune once de fierté ne transparaît derrière cet énoncé : elle parle cinq langues, et alors ? L’énumération suit, en creux, son parcours migratoire. Originaire du Cap-Vert, au large de la côte d’Afrique de l’Ouest, cette femme de ménage de 43 ans a d’abord quitté son archipel pour l’Italie, accompagnée de son mari italien, Francesco La Tona, 50 ans, employé multiservice. Ils y ont eu leurs deux premiers enfants, Elia, 14 ans, et Indy, 11 ans. Puis tous les quatre sont arrivés en France en 2016, où le petit dernier, Zacharie, 7 ans, est né.

A la naissance de leur aîné, alors qu’ils vivent dans la Botte, la langue italienne, parlée par les deux parents, s’est imposée. Loin de son île natale et de sa famille, la jeune mère, isolée, ressent un « blocage, une sorte compétition entre les langues [le créole cap-verdien et l’italien]. C’est comme si je n’allais pas gagner la bataille. Alors j’ai laissé les choses faire », dit-elle en haussant légèrement les épaules. A une exception près : lorsqu’il s’agissait d’endormir et de calmer ses bébés, sa langue maternelle revenait à pas de loup par la porte de la chambre à coucher, sous la forme de berceuses.