Pourquoi "l'imparfait" (temps du passé) porte ce nom si étrange ?

Muriel Gilbert consacre sa chronique Un Bonbon sur la langue de ce dimanche 23 août à la signification (et à l'origine) du nom des temps des verbes. À part le présent, le futur et l'impératif, qui sont assez clairement compréhensibles, quid de l'imparfait, du passé composé, du plus-que-parfait ?

C’est vrai que ces noms sont bizarroïdes, et pas très parlants. On va se contenter de parler du mode indicatif, on gardera les autres pour une autre fois ! Je trouve que le passé composé, c’est quand même assez clair : "Antoine a préparé le petit déj", "Valérie est venue manger" : on est dans le passé, mais ce passé est composé parce qu’il faut deux mots pour l’exprimer : a + préparé, est + venue.

L'imparfait c'est : "Antoine préparait le petit déj". "Valérie venait manger". À l’origine, le mot "imparfait" était un adjectif : on parlait de prétérit imparfait. Le terme "prétérit", qui s’emploie encore pour l’anglais, n’est plus utilisé en grammaire du français. Il vient du latin praeteritum, à l’origine praeteritum tempus, qui désignait un "temps passé" (praeter c’est devant, et ire c’est aller, donc le praeteritum c’est "passé devant", comme qui dirait… "dépassé"). On parlait au XVIIe siècle de "prétérit imparfait", de "prétérit simple" et de "prétérit antérieur", qui sont devenus nos actuels "imparfait", "passé simple" et "passé antérieur".