Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Un mot dans l’air Un mot dans l’air Un mot dans l’air Née au tournant des années 1970, l’expression vise d’abord à tourner en ridicule une partie des classes populaires et leurs usages. Elle est aujourd’hui de plus en plus remise en question. Article réservé aux abonnés Un mot dans l’air. « Tu vois qu’on peut être de gauche et être un beauf misogyne », assénait à François Bégaudeau la militante Rose Lamy sur son compte Instagram, le 13 juin. A l’origine de l’altercation entre les deux auteurs : les pages que consacre François Bégaudeau dans son dernier ouvrage, Du mépris (éditions Cause perdue, 160 pages, 15 euros), à celui de Rose Lamy, Ascendant beauf, paru en 2025 aux éditions du Seuil. Pour l’écrivain qui se réclame de la gauche – et avait lui-même plaidé « l’humour beauf » lors du procès que lui avait intenté en 2024 l’historienne Ludivine Bantigny, dont il avait écrit que « tous les auteurs [des éditions] La Fabrique lui [étaient] passés dessus » –, cet archétype est une figure de droite, distincte de celle du prolétaire et forgée par une critique du conformisme et de l’étroitesse d’esprit. Rose Lamy, elle, estime que le beauf se définit par la manière dont il est perçu par les classes dominantes, c’est-à-dire comme un « déficient culturel ». Mais qui est vraiment l’insaisissable beauf, qui déchaîne les passions depuis un demi-siècle et en dit aussi long sur le sociotype qu’il désigne que sur ceux qui emploient ce terme ? Sans beaucoup de sympathie, le Larousse définit le « beauf » tantôt comme le « beau-frère », tantôt un « type de Français moyen, réactionnaire et raciste, inspiré d’un personnage de bande dessinée ». C’est en effet au dessinateur Cabu (1938-2015) que l’on doit la naissance de ce personnage, apparu en 1972. Ce râleur passionné de pétanque et de virées en camping-car, aussi dispendieux en commentaires racistes qu’en plaisanteries misogynes, se présente, soulignait le sociologue Gérard Mauger sur France Culture en 2023, comme le symétrique inversé d’un autre personnage de l’univers de Cabu : le Grand Duduche. Les convictions progressistes et la placidité rêveuse de ce dernier incarnent l’ensemble des caractéristiques valorisées au début des années 1970, là où le beauf présente des valeurs morales et des goûts esthétiques synonymes d’étroitesse d’esprit et de vulgarité. Il vous reste 66.07% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
L’insaisissable beauf, histoire d’un mépris de classe au gré des âges
Née au tournant des années 1970, l’expression vise d’abord à tourner en ridicule une partie des classes populaires et leurs usages. Elle est aujourd’hui de plus en plus remise en question.







