Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Affaire Lyhanna Affaire Lyhanna Affaire Lyhanna Tribune Alice Gayraud Ancienne responsable du plaidoyer de la Ciivise Dans une tribune au « Monde », Alice Gayraud, ancienne responsable du plaidoyer de la Ciivise, dit sa colère de voir se répéter toujours la même mécanique d’une société incapable de dépasser l’émotion pour réellement faire cesser les violences sexuelles faites aux enfants. Publié aujourd’hui à 15h00 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés Lyhanna, 11 ans, a été retrouvée morte dans le Gers. L’homme mis en examen avait déjà fait l’objet de cinq procédures pour violences sexuelles sur des enfants, toutes classées ou laissées sans suite. Sa mort a aussitôt relancé la mise en cause d’une justice qui aurait « dysfonctionné ». La critique est juste. Mais à loger tout le scandale dans ces dysfonctionnements, elle évacue le fait que rien, dans cette affaire, n’a dérogé à la règle. Ni la façon dont la justice a traité ces viols. Ni la façon dont, déjà, nous nous en émouvons. Les éditorialistes se succèdent pour réclamer l’électrochoc, la prise de conscience. Demain, sans doute, le premier ministre appellera à la mobilisation collective et annoncera un Grenelle des violences faites aux enfants. La chercheuse en psychologie sociale Patrizia Romito comparait la visibilité de ces violences à une rivière karstique : son cours « apparaît parfois violent et impétueux, pour disparaître ensuite complètement ». L’eau, elle, n’a jamais cessé de couler. Elle court sous nos pieds, resurgit à chaque drame, et chaque fois nous nous penchons au-dessus comme si nous la découvrions. Elle a déjà affleuré. En 1896, à Vienne, Freud ose dire devant ses pairs que ses patientes ont, enfants, réellement été violées. Raillé, il se reprend : ce ne sont, dit-il, que des fantasmes. La science a touché l’inceste du doigt ; elle retire la main. La rivière a crevé la surface. En 1986, des féministes ouvrent une permanence sur le viol et trouvent, au bout du fil, l’enfance ; sur un plateau de télévision, une femme, Eva Thomas, dit le sien à visage découvert. Durant quelques années, le pays écoute. Puis l’eau se retire. Elle a débordé. En 2021, après La Familia grande (Seuil) [livre dans lequel Camille Kouchner accuse son beau-père, le constitutionnaliste Olivier Duhamel, d’inceste sur son frère jumeau], un président promet aux victimes : « On vous croit. Vous ne serez plus jamais seules. » On crée la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, la Ciivise. 30 000 personnes viennent y dire l’indicible ; elle en tire 82 préconisations. Elles dorment aujourd’hui sur les bureaux de ceux-là mêmes qui se disent « terrifiés ». Il vous reste 45.25% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Affaire Lyhanna : « Combien de temps allons-nous mimer la stupeur devant des crimes aussi ordinaires ? »
TRIBUNE. Dans une tribune au « Monde », Alice Gayraud, ancienne responsable du plaidoyer de la Ciivise, dit sa colère de voir se répéter toujours la même mécanique d’une société incapable de dépasser l’émotion pour réellement faire cesser les violences sexuelles faites aux enfants.










