Publié le 04/06/2026 14:42
Mis à jour le 04/06/2026 14:42
Temps de lecture : 4min - vidéo : 9min
"La société prend systématiquement un risque par rapport aux enfants", déplore l'auteur, engagé dans la lutte contre les violences sexuelles faits aux enfants, qui fustige dans le "11/13" de franceinfo ce 4 juin, le traitement judiciaire de ce type d'affaire en évoquant la disparition de la petite Lyhanna.
Président de l'association Mouv'Enfants, ancien membre de la Ciivise, la Commission indépendante sur l'inceste et sur les violences sexuelles faites aux enfants, Arnaud Gallais raconte son parcours et son traumatisme dans son livre : J'étais un enfant, chez Flammarion. L'auteur et militant revient dans le "11h/13h" sur la disparition de la petite Lyhanna, dans le Gers : "On a l'impression de venir sur les plateaux tout le temps pour parler de la même affaire, on change juste le nom de l'agresseur", déplore-t-il, rappelant que selon les chiffres de la Ciivise, "3 % des agresseurs qui sont condamnés, moins de 1 % en cas d'inceste."Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Flore Maréchal : Jérôme Barella, le principal suspect dans l'affaire de la disparition de Lyhanna, est présumé innocent, on le rappelle. Mais son passé inquiète, avec tout ce qu'on apprend ces derniers jours, ces plaintes qui s'accumulent. Encore une affaire dans laquelle, on se dit que la lenteur de la justice risque de mener à un drame. Comment en est-on arrivé là ?Arnaud Gallais : La vraie question, c'est combien de personnes comme ça est-ce qu'on a en France ? On a l'impression, effectivement, de venir sur les plateaux tout le temps pour parler de la même affaire, on change juste le nom de l'agresseur et on est systématiquement là à se dire : "C'est pas possible !" Et, effectivement, on est sur quelque chose où on est tous, toutes et tous inquiets. On a une petite fille de onze ans quand même, qui a disparu, ça nous renvoie tous quelque chose et on se dit : "Mais bon sang, quel risque prend-on pour les enfants dans ce pays ?" Vous savez, nous, au niveau de l'association, on fait des fois des actions coup de poing. On a été poursuivi récemment pour atteinte à la présomption d'innocence, pour avoir dénoncé un maire qui avait été incarcéré, notamment en préventive, sur des faits de violences faites aux enfants. La procédure pour atteinte à la présomption d'innocence, il y a autre chose : c'est deux mois. Et, dans ce cas de figure-là, vous avez des signalements, vous avez trois plaintes, il y a des questions de classement… Ça fait dix ans. Non mais, sincèrement, on se dit que c'est incroyable. Après, on comprend bien que ce n'est pas la même procédure, mais ça veut dire que la société prend systématiquement un risque par rapport aux enfants. Et puis, rappelons-le, la Ciivise l'avait dit : il y a uniquement 3 % des agresseurs qui sont condamnés, moins de 1 % en cas d'inceste. On l'a encore entendu : classement sans suite. Je veux dire, on entend toujours "classement sans suite" dans près de 80 % des plaintes. Donc, interrogeons-nous : pourquoi est-ce qu'il y a des classements sans suite ? Ce qui ne signifie pas que les personnes sont innocentées, ça signifie que ce n'est pas suffisamment caractérisé pour que le juge ait le pouvoir de juger, et donc, condamne la personne. Mais quand même, on peut s'interroger vu le nombre de classements sans suite qu'il y a... On est complètement "out" par rapport à ça. Et encore une fois, j'ai une pensée pour cette enfant, pour cette petite fille, sa famille. J'ai une pensée pour ses camarades de classe, une pensée aussi pour les enfants de cet homme-là. Il a deux filles de sept ans et dix ans, c'est ignoble ! Ce qu'on souhaite, c'est que rapidement, cette petite soit retrouvée.En 2017, c'est le premier signalement, en 2020, il est licencié pour un comportement inapproprié sur une lycéenne, donc mineure. En 2022, il y a une plainte pour viol sur mineure de quinze ans, là encore, classée sans suite. Et la suite, c'est justement l'année dernière, une plainte pour viols sur une fillette de dix ans. L'enquête est en cours. Les gendarmes ont reçu sur leur bureau cette plainte en janvier dernier, cinq mois, et il n'a toujours pas été interrogé, pas entendu…Ce n'est pas étonnant. Vous savez, le périscolaire, on est en plein dedans aussi. Vous avez des faits qui sont signalés, et six mois, neuf mois, un an après, les enfants ne sont pas entendus. Ce qu'il faut bien se rendre compte, c'est qu'en plus, là, on parle de tous petits. Donc ça veut dire qu'il va y avoir un classement sans suite par la suite, parce que les enfants vont changer leur version, inévitablement, puisqu'ils auront grandi. Donc, c'est une justice à deux vitesses. Et, encore une fois, il y a un risque qui est pris. Bon sang, est-ce qu'on peut évaluer au bout d'un moment la dangerosité de ce type de profil, en se disant qu'on met en danger les enfants ? Est-ce qu'on pourrait peut-être condamner l'État français, la justice, pour non-assistance à personnes en danger ? Parce que c'est quand même de ça qu'il s'agit. Systématiquement, ce sont les mêmes affaires. Il est temps, en fait, qu'on puisse réellement avoir un sursaut. Nous, on parle sans cesse, les associations, pas uniquement Mouv'Enfants, d'un principe de précaution. Rappelons-le : les enfants sont vulnérables.Comme dans le périscolaire. Un signalement, une suspension.Bien sûr, ou dans le périscolaire, ou à l'église, etc. Non, systématiquement, c'est : "On brandit la présomption d'innocence", et au nom de la présomption d'innocence, on met en danger des enfants, puis on se pose la question : "Ah oui, c'est vrai, on aurait peut-être pu faire quelque chose."Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.
















