Publié le 04/06/2026 10:18
Mis à jour le 04/06/2026 10:18
Temps de lecture : 3min - vidéo : 11min
Maître Isabelle Steyer, avocate pénaliste spécialiste des femmes et des enfants victimes de violences, revient dans "La Matinale" sur l'accumulation de plaintes visant le principal suspect de la disparition de la petite Lyhanna, dans le Gers. La justice est-elle défaillante pour traiter efficacement ce type de faits ?
La justice a-t-elle trop tardé à traiter la plainte pour viols sur mineure dont faisait l'objet Jérôme Barella, père de famille et principal suspect dans la disparition de la petite Lyhanna, une amie de sa fille, qui reste introuvable depuis vendredi ? Pour en parler, Maître Isabelle Steyer, avocate pénaliste spécialiste des femmes et des enfants victimes de violences, est l'invitée de "La Matinale" ce jeudi 4 juin. "Pourquoi la deuxième plainte n'a pas fait écho à la première ? C'est ce dysfonctionnement qui m'intéresse", souligne-t-elle, en évoquant le parcours judiciaire du mis en examen.Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Jean-Baptiste Marteau : Ce qu'a dit la procureure hier est intéressant. Quand elle décrit toute cette procédure, elle dit : "Tout a été fait dans les règles, tout a été respecté." Mais, évidemment, quand on se place du côté des victimes et de la famille, c'est incompréhensible. C'est la procédure normale et le fait qu'elle soit trop longue, qu'il n'y ait pas assez de moyens, ou c'est un vrai dysfonctionnement dans cette affaire ?Isabelle Steyer : Il y a un peu les deux, parce que lorsque l'on a plusieurs parquets compétents, c'est effectivement ce qui se passe. On va d'un parquet à l'autre, sans problématique de temps, et en fait, on attend que les choses se fassent de façon administrative, sans gérer l'urgence et la problématique. Parce que ce qui est important, c'est de mettre tout bout à bout sur les mineurs : c'est-à-dire la dernière plainte, celle d'avant, le signalement, et c'est le recoupement qui est intéressant. Et à partir du recoupement, on a un mode opératoire, on a une problématique pédophilique. Et ça, ce n'est jamais fait.Pourquoi ? Parce qu'en fait, quand une plainte est classée, comme un signalement n'a pas donné de suite, on l'oublie ?Exactement. Donc il est en fait, entre guillemets, blanchi. Or, quand on a des mineurs de cet âge-là, de sept ans, de dix ans, on sait très bien que ces mineurs-là ne peuvent pas s'exprimer comme des adultes et ne peuvent pas dénoncer comme l'auraient fait des adultes. Et donc, on doit y voir, nous, avec nos yeux de majeurs qui doivent protéger les enfants.Sachant qu'il y avait une proximité, puisque ce principal suspect, on rappelle qu'il est présumé innocent, c'est le père de la meilleure amie de la victime.C'est ça qui est intéressant, c'est ce mode opératoire. C'est-à-dire qu'on ne met pas l'éclairage sur ce que fait cet homme-là pour aller chercher des enfants. La première plainte, il a 31 ans, elle en a 17. Il y a quand même des interrogations à avoir. Et à partir du moment où vous avez une deuxième plainte, c'est là où on se dit : il y a un système, il y a quelque chose qui est répétitif, et donc on doit savoir pourquoi il est constamment autour des mineurs, et comment il fait pour les avoir chez lui. Parce que la deuxième plainte, c'est une mineure de 7 ans à son domicile. Et ça, c'est très inquiétant. Même classé sans suite, il y a des interrogations à avoir. Et là, pourquoi la deuxième plainte n'a pas fait écho à la première ? C'est ce dysfonctionnement qui m'intéresse.Est ce que ça ne veut pas dire, qu'au-delà de cette affaire, même si la procureure nous dit "tout a été respecté", en fait, sur ces cas qui sont extrêmement complexes, avec évidemment des mineurs qui ne peuvent pas parler, qui sont parfois extrêmement jeunes et qui sont en danger, on n'est pas suffisamment vigilants, on n'a pas encore suffisamment les bons outils pour être alerté ?Exactement. Pour moi, c'est une évidence, il faut aller extrêmement vite, d'autant plus que le signal du classement sans suite pour ce type d'hommes, ça signifie quoi ? Ça signifie : "Je peux continuer, j'ai un bon mode opératoire et je sais comment faire et l'État me dit comment je peux faire." Donc, vous voyez, il continue depuis 2017, 2017-2026, quasiment 10 ans. Donc, on a peut-être aussi d'autres choses que l'on va découvrir, et donc, on n'a absolument pas les lunettes pour pouvoir décrypter.Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.
















