Présenté à Cannes la semaine dernière, voici "L’abandon", film qui revient sur l’affaire Samuel Paty – ou comment une cabale numérique a permis d’attiser la haine… jusqu’au drame.Le résumé"L’abandon" démonte l’engrenage qui a mené à l’assassinat de Samuel Paty: rumeurs, réseaux sociaux et emballement idéologique.Vincent Garenq révèle les zones méconnues d’une affaire pourtant ultra médiatisée.Antoine Reinartz et Emmanuelle Bercot portent un film sur la liberté d’expression et la fragilité du débat démocratique.L’attentat terroriste contre ce professeur d’histoire-géo qui avait montré des caricatures de Mahomet est resté dans toutes les mémoires, à tel point que chacun pense connaître plus ou moins l’histoire. C’est sur ce "plus ou moins" que joue ce film sans vraie surprise formelle, mais plein de détails édifiants: le spectateur se rend compte à chaque minute que s’il connaît les faits, c’est plutôt "moins" que "plus", et que l’engrenage est plus que passionnant à décrypter… qui plus est, à une époque où le rôle nauséabond d’internet ne fait que s’intensifier, où le statut toujours plus flou des images nous rapproche chaque jour davantage de la psychose collective, et où tous les extrémismes gagnent du terrain…L'ABANDON Bande Annonce (2026) Antoine ReinartzLaïcitéOctobre 2020, région parisienne. Le professeur donne un cours d'enseignement moral et civique sur la liberté d’expression. En filigranes, liberté individuelle, liberté de culte, laïcité. Le but: faire comprendre à ces jeunes élèves (ils ont environ 14 ans), qu’il ne faut pas tout mélanger. En France, chacun a le droit de pratiquer la religion qu’il souhaite. Mais la presse est libre, elle aussi. Son but est d’informer, mais elle a le droit de provoquer, voire de choquer, tant que c’est fait dans certaines limites.Pour respecter les limites de certains de ses élèves, précisément, le professeur croit bon de les prévenir: il va montrer quelques-unes des caricatures qui ont valu à la rédaction de Charlie Hebdo d’être la cible d’une attaque terroriste en 2015. Ceux qui le souhaitent peuvent fermer les yeux quelques instants. Ou s’ils préfèrent, ils peuvent même quitter la classe une ou deux minutes. Paty pense respecter la sensibilité de ses élèves. Hélas, dans les jours qui vont suivre, certains vont monter au créneau, brandissant la bannière du racisme: exclusion, discrimination, instrumentalisation…Antoine Reinartz en Samuel Paty, déjà très convaincant en procureur dans la palme d’or "Anatomie d’une chute". ©docAbsente ce jour-là…Certains élèves ou plutôt une élève en particulier, déjà victime à l’école de ce qu’elle perçoit comme du racisme – une élève qui va profiter du remous autour de ce fameux cours pour sécher l’école – avec le blanc-seing de son père, outré par les faits. Et qu’importe s’il apparaît très vite que sa fille était absente ce fameux mardi: le mal est fait, le père est ulcéré, persuadé que sa fille a été mise à la porte de la classe parce que musulmane.Le film prend le temps d’exposer les malentendus, le grossissement, la récupération médiatique ou idéologique. On regrettera juste que les personnages du père – et de l’extrémiste qui entend profiter de la situation – ne soient pas écrits avec le même soin que les autres: la directrice d’établissement (Emmanuelle Bercot, impressionnante), ou Samuel Paty lui-même (Antoine Reinartz, déjà très convaincant en procureur dans la palme d’or "Anatomie d’une chute").Son calme et son engagement imprègnent le film d’une forme de sagesse, comme un hommage à ce qu’il défendait en classe: la connaissance, le dialogue et la liberté de penser.L'Abandon : l'ultime hommage à Samuel Paty - Interview complète de l'équipe du film - Cannes ce soir
Spécial Cannes: critique de "L’abandon" avec Emmanuelle Bercot, en salle ce mercredi
Présenté à Cannes la semaine dernière, voici "L’abandon", film qui revient sur l’affaire Samuel Paty – ou comment une cabale numérique a permis d’attiser la haine… jusqu’au drame.













