Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Emploi Emploi Emploi Tribune Mehdi Ouchallal Entrepreneur Si, sous l’effet de l’automatisation croissante, le travail contribue de moins en moins à la production de la richesse, il est toujours présenté comme la condition morale pour accéder à sa distribution, estime l’entrepreneur Mehdi Ouchallal, dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 13h52 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés En tant que dirigeants d’entreprise, nous constatons une accélération de l’automatisation : une tâche qui prenait une journée prend une heure, un poste auparavant indispensable disparaît. Entre pairs, chacun met en avant d’avoir supprimé tant ou tant de postes grâce à l’intelligence artificielle (IA), ce qui pousse à accélérer sa propre marche vers l’automatisation pour ne pas se faire distancer par la concurrence. John Maynard Keynes [1883-1946] prédisait, en 1930, dans un essai intitulé Economic Possibilities for our Grandchildren [« les perspectives économiques pour nos petits-enfants »], que le progrès technologique permettrait de produire quatre à huit fois plus de richesses qu’à son époque et que cette abondance libérerait l’humanité du labeur obligatoire. Le vrai problème, écrivait-il, deviendrait d’occuper le temps ainsi libéré, non plus de produire assez pour vivre. Sur la richesse produite, la prédiction s’est vérifiée. Mais qu’en est-il du temps libéré ? Malgré l’intérêt un temps porté au modèle de la semaine de quatre jours, la tendance est plutôt à la suppression de postes qu’à la réduction du temps de travail de chacun – notamment à cause des charges sociales, qui rendent un même volume d’heures moins coûteux lorsqu’il est effectué par un employé à temps plein que lorsqu’il est réalisé à temps partiel par plusieurs salariés. Ce phénomène serait compensé, nous dit-on, par de nouveaux métiers de supervision de l’IA, comme la mécanisation avait créé ses propres postes de supervision. Mais, par le passé déjà, les postes du secondaire supprimés par la technologie ont surtout été remplacés dans le tertiaire, en couches de bureaucratie plutôt qu’en postes de supervision directe. Le tertiaire ne représentait qu’un peu plus du tiers de l’emploi en France dans les années 1950 ; il en concentre aujourd’hui près de 80 %. Dans l’écosystème des start-up, ce basculement est encore plus concret : pour chaque poste de production automatisé fleurissent des postes de growth [« responsable de la stratégie de croissance »], de product management [« responsable produit »], de marketing ou d’analyse de données, fonctions qui n’existaient pas il y a vingt ans. Sans ces couches de métiers tertiaires, l’automatisation aurait sans doute produit un chômage massif. Il vous reste 64.97% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.