Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Agriculture & Alimentation Agriculture & Alimentation Agriculture & Alimentation Tribune Agnès Sinaï Directrice de l’Institut Momentum Dans une tribune au « Monde », la directrice de l’Institut Momentum Agnès Sinaï estime que « l’habitabilité des territoires » devra se construire sur des infrastructures repensées afin de les proportionner à ce que les vivants et les milieux peuvent accueillir. Publié aujourd’hui à 17h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés En Bretagne, à l’écart des plages et des sentiers côtiers, plus de plus six millions de volailles viennent de mourir de chaud dans les élevages industriels. Dès la première vague de chaleur, fin juin, on apprend de la ministre de l’agriculture que cette hécatombe d’animaux est « sous contrôle » dans les usines d’équarrissage. Pourtant, celles-ci ne peuvent accueillir toutes les dépouilles, et, ces dernières semaines, quelque 5 000 tonnes d’animaux morts ont été enfouies en Bretagne, en urgence, au risque de contaminer les nappes phréatiques. Pire, la loi dite « d’urgence agricole », adoptée en juillet, favorise encore la concentration d’élevages. Derrière la carte postale, la Bretagne demeure une région productive mondialisée. La plupart des éleveurs sont pieds et poings liés à ce système productiviste mortifère. L’agriculture intensive est condamnée à une fuite en avant pour survivre à la concurrence internationale. La fuite en avant est une des logiques de l’effondrement des sociétés désormais bien documentée. C’est le syndrome dit de « la Reine rouge », en référence à Alice au pays des merveilles, de Lewis Carroll : courir le plus vite possible pour rester sur place. La surproduction agricole en est l’illustration, avec son cortège de mégabassines toujours plus grandes pour stocker une eau toujours plus rare, des élevages toujours plus gigantesques pour maintenir la compétitivité de la filière, au risque de tout perdre en cas de canicule, à moins de climatiser les usines en batterie, ce qui poserait d’autres problèmes sanitaires et énergétiques. A travers cette hécatombe d’animaux dans les élevages en batterie, ce qui se joue, c’est d’abord une dissociation, une forme d’invisibilisation de la catastrophe. La production hors sol de volailles et de porcs est dissociée du milieu ambiant. Notre relation aux « autres que nous » a été rendue abstraite et insensibilisée par des décennies de modernité industrielle. En résulte une méconnaissance des milieux qui nous entourent, et une déresponsabilisation des usagers. Il vous reste 65.61% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.