Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Canicules et vagues de chaleur Canicules et vagues de chaleur Canicules et vagues de chaleur Éditorial Le Monde L’agriculture, l’accès à l’eau, l’économie reposent sur des conditions physiques et biologiques que nous avons longtemps considérées comme acquises. Cette stabilité est désormais remise en cause par le réchauffement. Publié aujourd’hui à 11h30 Temps de Lecture 2 min. Read in English L’été a longtemps rimé avec des températures agréables et des périodes de détente. Pour l’agriculture, les récoltes obéissaient à des rythmes certes soumis aux caprices de la météo, mais relativement prévisibles. En 2026, cette représentation est en train de se fissurer. Le bilan publié lundi 10 août par l’observatoire climatique Copernicus est révélateur : l’Europe occidentale vient de connaître la « période juin-juillet la plus chaude jamais enregistrée », et malgré les pluies et les inondations de l’hiver, les sols sont désormais plus arides qu’en 2022, lors de la dernière grande sécheresse. La chaleur est maintenant une menace qu’on redoute, les récoltes deviennent aléatoires et les incendies rythment la saison. Ce qui se dérègle n’est donc pas seulement le thermomètre, mais le cadre dans lequel nos sociétés avaient appris à organiser leurs activités. Le climat n’est pas le décor de nos sociétés : il en est l’une des infrastructures invisibles. L’agriculture, l’accès à l’eau, l’économie reposent sur des conditions physiques et biologiques que nous avons longtemps considérées comme acquises. Plus que la succession des catastrophes climatiques, c’est cette stabilité que le réchauffement remet en cause. Il suffit de regarder les tensions qui apparaissent autour de l’eau pour mesurer ce que cela signifie. Dans les départements frappés par la sécheresse, les restrictions préfectorales font l’objet d’appels à la désobéissance de la part de certains agriculteurs. Le conflit traduit la difficulté fondamentale de partager une ressource qui devient plus rare au moment même où les besoins augmentent. Alimentation, eau potable, industrie, production électrique, tourisme, maintien des écosystèmes : lorsque la ressource se contracte, chaque arbitrage produit des perdants, qui sont souvent les plus vulnérables. Paradoxe saisissant Rafraîchir les villes, transformer les pratiques agricoles, mieux gérer l’eau, protéger les forêts, repenser les infrastructures : ces mesures sont indispensables. Mais elles ne sauraient constituer une réponse suffisante. Car il y a une limite à ce que l’adaptation peut absorber : un tissu économique et social ne peut indéfiniment encaisser des chocs thermiques et hydriques croissants. Nos sociétés sont à ce point imbriquées dans les écosystèmes qu’elles ne peuvent durablement prospérer contre eux. La priorité reste donc de réduire les émissions de gaz à effet de serre, car chaque dixième de degré supplémentaire accroît la difficulté de préserver les conditions physiques dont dépendent nos sociétés. Or le paradoxe est saisissant : au moment même où l’Europe mesure les conséquences d’un climat qui se dérègle, de nouvelles infrastructures fossiles continuent d’être construites ailleurs. Cette contradiction apparaît jusqu’à l’absurde dans le projet d’Amazon au Texas, avec la construction d’une gigantesque centrale à gaz pour répondre à ses besoins énergétiques, qui pourrait devenir la plus grande source d’émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis. Nous mobilisons toujours plus de moyens pour nous protéger du réchauffement, tout en continuant d’alimenter le phénomène qui le provoque. Il n’est pas exclu qu’au mitan du siècle, juillet 2026 apparaisse comme un été relativement clément. Il serait dangereux de croire que nous pouvons simplement nous habituer à ces conditions. Car, derrière la transformation d’une saison familière, se joue quelque chose de beaucoup plus vaste : la capacité de nos sociétés à préserver les conditions biologiques, hydriques et climatiques qui ont rendu leur prospérité possible. Le Monde
Au-delà des catastrophes, le changement climatique fragilise nos sociétés
ÉDITORIAL. L’agriculture, l’accès à l’eau, l’économie reposent sur des conditions physiques et biologiques que nous avons longtemps considérées comme acquises. Cette stabilité est désormais remise en cause par le réchauffement.






