Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Un parfum d’été L’épisode 4 sera disponible prochainement. Un parfum d’été L’épisode 4 sera disponible prochainement. « Un parfum d’été » (3/6). Certaines fleurs évoquent immédiatement les vacances et leurs odeurs. Elles sont des classiques de la parfumerie. Cette semaine, une héroïne littéraire symbole de sensualité. Cette fleur blanche longiligne, qui pourrait avoir été sculptée par Giacometti, traîne derrière elle une réputation sulfureuse. En Inde (son terroir d’adoption), elle accompagne les noces : ses longues guirlandes immaculées ornent la chambre des jeunes époux, son parfum étant réputé pour favoriser l’abandon amoureux. Plus à l’ouest, en Italie, on interdisait aux jeunes filles de traverser un champ de tubéreuses en compagnie d’un garçon, de peur que l’effluve enivrant des fleurs ne leur fasse perdre la raison. Son sillage, disait-on, échauffait les sens au point de faire vaciller les vertus les mieux établies. Véridique ou non, cette légende qui serait née à la Renaissance dit beaucoup de la place qu’occupe Polianthes tuberosa dans notre imaginaire. Originaire du Mexique, la tubéreuse n’a jamais cessé d’être perçue comme une présence troublante. Là où d’autres fleurs séduisent, elle captive. Là où le jasmin caresse, elle ébranle. Son parfum peut sembler presque excessif, ce qui lui a valu des surnoms évocateurs, comme « la fleur de la tentation » ou « la fleur du péché ». Des accents fauves Son extrait naturel est un paradoxe. Il s’ouvre sur une douceur lactée et crémeuse, avant de révéler des facettes vertes, camphrées, presque médicinales, qui brouillent les pistes. Puis vient la métamorphose : la fleur gagne en chair et dévoile des accents fauves, dus notamment à l’indole, un composé organique aromatique qui peut évoquer un corps en décomposition. Les écrivains ont toujours été sensibles à cette ambiguïté. Colette comparait ses boutons charnus à « un jeune bout de sein ». Dans Nana, Emile Zola en fait l’un des symboles olfactifs de la sensualité vénéneuse de son héroïne. Dominique Ropion, dont c’est l’une des fleurs de prédilection, la décrit ainsi dans son livre Aphorismes d’un parfumeur (Le Contrepoint, 2018) : « Très capiteuse, très féminine, tout sauf innocente, qui m’évoque une ambiance de boudoir. » Il n’est donc pas surprenant que les plus belles interprétations de la tubéreuse en parfumerie exaltent cette part d’ombre, à commencer par Fracas, de Robert Piguet (1948), sorte de mètre étalon. Dans Carnal Flower, de Frédéric Malle, son animalité affleure sous un éclat solaire ; Poison, de Dior, la transforme en héroïne fatale ; tandis que Tubéreuse criminelle, de Serge Lutens, la dépouille de tout artifice pour la révéler brute, sauvage, un peu inquiétante, dans toute sa dimension narcotique. Lionel Paillès
La tubéreuse, un péché capiteux et troublant
« Un parfum d’été » (3/6). Certaines fleurs évoquent immédiatement les vacances et leurs odeurs. Elles sont des classiques de la parfumerie. Cette semaine, une héroïne littéraire symbole de sensualité.







