Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Un parfum d’été L’épisode 2 sera disponible prochainement. Un parfum d’été L’épisode 2 sera disponible prochainement. Un parfum d’été (1/6). Certaines fleurs évoquent immédiatement les vacances et leurs odeurs. Elles sont des classiques de la parfumerie. Cette semaine, les épis violets du sud-est de la France. Avant d’être un parfum, la lavande est un paysage. Chaque été, ses rangées violettes transforment les collines de Provence en une mer ondoyante, où l’air lui-même semble chargé de lumière. Derrière cette image de carte postale se cache une histoire millénaire. Son nom vient du latin lavare (« laver ») – les Romains parfumaient déjà leurs bains et leur linge avec ses fleurs. L’aromathérapie s’en rappellera de nombreux siècles plus tard. Arrivée en France avec la vigne et l’olivier, la lavande demeure longtemps une plante sauvage. « Durant des siècles, elle est récoltée directement dans la nature, une pratique appelée “cueillette en baïassière” », rappelle Aurélien Guichard, cofondateur de la maison de parfums Matière première. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que les premières plantations dessinent les célèbres champs mauves de Haute-Provence. Aujourd’hui, la culture se concentre dans la Drôme, le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence. « Les vastes champs inlassablement pris en photo chaque été sont souvent composés de lavandin, un hybride plus productif, au parfum puissant et camphré », précise le parfumeur. Territoires plus sensuels Plus rare, la lavande fine (Lavandula angustifolia) offre une essence florale. Récoltés au cœur de l’été puis distillés à la vapeur d’eau, ses épis livrent l’une des matières premières les plus précieuses de la parfumerie. Dans un flacon, cette plante vivace évoque les vacances, le savon à barbe ou les sachets parfumés glissés dans l’armoire à linge. Ses accents herbacés, floraux et légèrement camphrés, lui confèrent un charme délicieusement rétro. Longtemps associée à une idée de fraîcheur et de propreté, la lavande révèle aujourd’hui une personnalité infiniment plus nuancée en explorant des territoires plus sensuels, boisés, musqués, ambrés, parfois même cuirés ou gourmands. Emblématique de la parfumerie masculine (Pour un homme de Caron, créé en 1934, Le Male de Jean Paul Gaultier, apparu en 1995), elle s’invite aujourd’hui dans des créations mixtes ou féminines : Jersey, de Chanel (2011), Libre, d’Yves Saint Laurent (2019), ou Metal Lavender, de Matière première (2026). Rarement une matière première aura si bien réussi à s’extraire du cliché du sent-bon et de l’aromathérapie. Lionel Paillès