Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Cinéma Cinéma Cinéma Tribune Henry Rousso Historien La profusion de films sur la seconde guerre mondiale permettent de comprendre comment les mécanismes de renoncement progressif aux valeurs démocratiques et républicaines ont mené au désastre, estime l’historien Henry Rousso dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 08h45 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Une demi-douzaine de films mettant en scène la France durant la seconde guerre mondiale sont récemment sortis ou en passe de l’être : Les Rayons et les Ombres, de Xavier Giannoli, La Bataille de Gaulle, en deux volets (L’Age de fer et J’écris ton nom), d’Antonin Baudry, déjà en salle, ainsi que Notre salut, d’Emmanuel Marre, Moulin, de Laszlo Nemes, et La Troisième Nuit, de Daniel Auteuil qui doivent sortir à la rentrée. Et, déjà, on parle d’un phénomène de société ou d’un tournant majeur dans la mémoire collective. C’est peut-être un peu tôt pour le dire. Si le seul critère est le cadre historique commun, cette série n’est pas comparable à la vague de fictions de l’après-guerre (une quinzaine de films pour la seule année 1946) ou des années 1970 (une cinquantaine de films sur une petite décennie). Il est vrai que pris dans leur ensemble, ces films couvrent, chacun à leur manière, un aspect essentiel de l’histoire de l’Occupation : le collaborationnisme, la frange fanatisée des pronazis, avec la figure de Jean Luchaire ; l’épopée de la France libre avec de Gaulle ; l’évocation de la Résistance intérieure avec Jean Moulin ; la révolution nationale pétainiste au quotidien ; ou encore la persécution et le sauvetage d’enfants juifs. C’est sans conteste un hasard, mais cela montre qu’il n’y a plus de sujets occultés, c’est en soi une information. Il semble cependant préférable d’envisager ces films d’abord comme des œuvres singulières, des créations artistiques, et non comme des chapitres d’un manuel d’histoire en images. Si leur point commun est une même époque, ils sont tous différents par le style, les intentions, les moyens : l’épopée échevelée de La Bataille de Gaulle, au souffle inédit dans le cinéma français, ne ressemble pas à la description minutieuse du fonctionnaire du gouvernement de Vichy dans Notre salut, exalté par les possibilités qu’ouvre la défaite de juin 1940 et sombrant à petits pas dans la compromission. Il est par ailleurs peu probable que leur sortie presque simultanée soit la conséquence du contexte politique, alors que certains ont été conçus il y a parfois plusieurs années. Il vous reste 61.91% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.