Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Israël/Palestine Israël/Palestine Israël/Palestine Tribune Laetitia Bucaille Professeure de sociologie politique à l’Inalco La sociologue Laetitia Bucaille analyse, dans une tribune au « Monde », la manière dont le conflit au Proche-Orient génère des postures qui figent les individus et les sociétés dans des représentations manichéennes. Le 7-Octobre et Gaza sont devenus, d’après elle, une « ligne de faille qui mine la cohésion sociale et l’esprit démocratique ». Publié aujourd’hui à 15h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Dans le sillage des massacres du 7 octobre 2023 commis par le Hamas et de la guerre contre Gaza menée par l’armée israélienne, les souffrances des populations et les crimes contre l’humanité ont déclenché d’intenses élans de compassion et d’indignation en France. Ces ardeurs solidaires à l’égard des Israéliens ou des Palestiniens divisent la société. Ainsi, des collègues se sont éloignés, des repas de famille ont tourné au pugilat et des amis se sont fâchés, alors même que, parfois, les protagonistes n’ont d’autre lien avec la région que celui qu’ils ont décidé, un jour, de tisser. Dans certains cas, les prises de position semblent irréconciliables ; dans d’autres, elles sont proches, mais les discussions achoppent sur la stratégie ou le discours à tenir, révélant l’intensité des engagements et la place immense que le 7-Octobre et Gaza ont prise dans nos vies. Beaucoup hésitent à énoncer franchement leurs convictions, craignant de subir une crise réputationnelle. Ces échanges tendus reflètent notre incapacité à débattre. Les propos blessent comme s’ils heurtaient les valeurs fondamentales par lesquelles les individus se définissent ou qu’ils atteignaient leur intimité. Il n’est pas rare que les prises de parole dégénèrent et incluent alors propos outranciers, discours antisémites ou clichés méprisants conduisant parfois leurs auteurs devant le tribunal. Bien sûr, la cruauté des belligérants, la violence des images et l’ampleur des vies brisées expliquent cette mobilisation des esprits et cette politisation des affects. Pourtant, il apparaît que Gaza est devenue une ligne de faille qui mine la cohésion sociale et l’esprit démocratique. Ainsi, l’irruption de Gaza dans notre société charrie une logique d’exclusion et de répression. Dès le 12 octobre 2023, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, prohibe les manifestations propalestiniennes en raison des risques de « troubles à l’ordre public ». La directive est remise en cause par le Conseil d’Etat, qui estime qu’une interdiction générale et systématique est illégale. A partir du printemps 2024, des étudiants organisent blocages et occupations en témoignage de solidarité avec les Palestiniens, exigeant un cessez-le-feu à Gaza et l’arrêt des partenariats académiques avec les universités israéliennes désignées comme complices des crimes perpétrés par l’Etat hébreu à Gaza et en Cisjordanie. Il vous reste 67.84% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« La Palestine est devenue un étalon de vertu, mais aussi une métaphore »
TRIBUNE. La sociologue Laetitia Bucaille analyse, dans une tribune au « Monde », la manière dont le conflit au Proche-Orient génère des postures qui figent les individus et les sociétés dans des représentations manichéennes. Le 7-Octobre et Gaza sont devenus, d’après elle, une « ligne de faille qui mine la cohésion sociale et l’esprit démocratique ».






