France SociétéJusticeReligion et laïcitéEducationRégionsFrance. Dans l'ambiance générale où notre histoire est jugée toxique, et nos principes, suspects, le diptyque d’Antonin Baudry agit comme un anticorps. Et rappelle ô combien on peut aimer la France.Publié le 16/07/2026 à 11:00Simon Abkarian interprète le rôle du général de Gaulle dans le diptyque d'Antonin Baudry.2026 Pathé Films - TF1 Films Production - Belvédère - Auvergne-Rhône-Alpes CinémaDans les années 1970, les théoriciens du cinéma ont développé l'idée que la première scène d'un film fonctionne parfois comme une "matrice" : tout le film y est contenu en germe, de façon condensée et métaphorique. Le premier volet du diptyque sur Charles de Gaulle s'ouvre par une bataille de mai 1940. L'armée française est en déroute. De Gaulle, alors encore colonel, s'obstine à contre-attaquer à Montcornet, dans l'Aisne. "C'est la débandade !", lui lance un soldat. De Gaulle-Abkarian le toise, regard en surplomb : "Est-ce que j'ai l'air de débander ?" - précisons que la formule est inventée. Si le réalisateur, Antonin Baudry, s'est servi de cette première scène comme métaphore de la grande histoire qu'il a ensuite - magistralement - déployée sur deux fois deux heures quarante, il ne se doutait pas, en l'écrivant, qu'elle annonçait aussi le destin du film au box-office.Car L'Âge de fer, le premier volet du diptyque, a d'abord mal démarré : 380 000 entrées enregistrées la première semaine, ce n'est pas rien, mais au regard des 75 millions d'euros investis, c'est un accident industriel. Avant qu’un bouche à oreille dithyrambique ne le sauve de la catastrophe annoncée. Fait rarissime : L’Âge de fer a même attiré plus de spectateurs en quatrième semaine d'exploitation qu'en première. En cumulé, le diptyque (le deuxième volet, J'écris ton nom, est sorti trois semaines plus tard) a franchi les 3 millions d'entrées et pourrait, à terme, dépasser les 4 millions.On pourrait gloser sur les circonstances (Fête du cinéma, climatisation par temps de canicule, etc.), mais je crois qu'il y a dans cette remontada en salles obscures quelque chose de plus profond, de plus politique, de plus culturel. D'abord, le film restitue quelque chose qui touche au cœur du génie français : réussir "l'impossible" avec moins. La représentation de la bataille de Bir Hakeim, morceau de bravoure du premier volet, en est le symbole éclatant : les 3 700 hommes du général Koenig, retranchés dans un carré de désert libyen, tenant tête pendant deux semaines aux divisions de Rommel pour prouver au monde - et aux Français eux-mêmes - que la France combattait encore. Leclerc, dans le second volet, incarne le même tour de force patriotique : un colonel parti du fin fond du Tchad avec une poignée d'hommes et des véhicules de fortune, et qui jure à Koufra de ne déposer les armes que lorsque "nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg". L'impossible, avec moins. Au passage, c’est exactement ce que Goscinny avait saisi, lui qui fit du village gaulois notre mythologie nationale de poche : la France ne se rêve pas en puissance qui domine, mais en idéal qui résiste. La potion magique n'est pas la force, mais un esprit chevaleresque au service de principes, sur lequel nous avons toujours fait levier. Dès la première page de ses Mémoires de guerre, Charles de Gaulle écrit : "Notre pays tel qu'il est, parmi les autres, tels qu'ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit". Viser haut et se tenir droit : programme d'une vie, et résumé d'une épopée.Il y a aussi autre chose. L’Occident – et au sein de l’Occident : la France – vit, culturellement, sous le régime de l'autocritique permanente. Notre histoire est jugée toxique, nos principes, suspects. Se critiquer pour pouvoir se corriger est sans doute la grandeur des démocraties, mais quand l'exercice vire à la pulsion masochiste, il finit par nous désarmer. On ne peut se défendre si l'on ne s'aime pas. Dans cette ambiance générale d'autodénigrement, le diptyque d’Antonin Baudry agit comme un anticorps. Et rappelle ô combien la France est aimable - au premier sens du terme. De Gaulle la dépeignait en "princesse des contes", et cet amour contagieux transpire de bout en bout du film : c'est cet amour qui donne le courage à ces hommes et à ces femmes, sur lesquels s'est bâtie la grandeur de la nation.Dans les salles, à la fin des séances, il n'est pas rare de voir le public applaudir. Pas seulement les acteurs, même s'ils sont spectaculaires - on imagine mal un autre de Gaulle après Abkarian - ; pas seulement le film. C'est autre chose, de plus fragile et de plus grave. Peut-être applaudissons-nous un génie français dont nous sommes émus aux larmes ; un souffle qui traverse notre histoire, mais que nous doutons, parfois, d'avoir encore en nous.
"La Bataille de Gaulle" : les leçons d'une remontada, par Anne Rosencher
Dans l'ambiance générale où notre histoire est jugée toxique, et nos principes, suspects, le diptyque d’Antonin Baudry agit comme un anticorps. Et rappelle ô combien on peut aimer la France.







