Les deux canicules que nous avons connues d'affilée, en mai et cette semaine, montrent ce que notre impréparation coûte à nos économies, en baisses de productivité, en dégâts matériels, et donc en compétitivité. Un enjeu aujourd'hui absent des débats.La canicule de cette semaine a quelque chose de rafraichissant: elle a sorti la question climatique du congélateur dans lequel bon nombre de nos décideurs politiques l'avaient reléguée. Des villes sous étuve, des écoles transformées en fours, des transports à l'arrêt, des agricultures desséchées, des chantiers au ralenti: une torpeur s'est abattue sur l'Europe occidentale. Et nous ne sommes qu'au début de l'été. Et qu'au début d'une tendance de fond durable, à en croire les scientifiques du Giec, enfin remis en selle.Résultat: après cette canicule d'une précocité et d'une intensité exceptionnelles, nos sociétés ont trinqué, et nos économies ont suffoqué.Au-delà du décompte macabre de records - de température, de morts, de noyés, de déshydratés, de privés d'électricité, de manques d'eau potable, de coûts énergétiques qui explosent, etc. - notre réaction tardive, coupable et insuffisante, au réchauffement climatique nous présente aujourd'hui une triple facture: celle, générique, d'un sous-investissement chronique dans la réduction de notre empreinte carbone, mais aussi celle de notre manque criant d'adaptation, et celle des dégâts occasionnés.Il ne suffit donc plus de diminuer nos émissions de gaz à effets de serre pour atténuer leur impact dans un avenir lointain, il s'agit de vivre, maintenant, avec les conséquences de celles du passé, celles que nous avons accumulées dans l'atmosphère et qui se rappellent cruellement à nous.Car elles font, aujourd'hui, courber l'échine économique de l'Europe.Selon un rapport Allianz Trade de 2025, republié le mois passé, au beau milieu de la première canicule européenne dont la précocité était déjà inédite, la Belgique fait partie du groupe des pays dont la pression économique due aux vagues de chaleur pèse le plus sur les finances publiques.En France, économie très exposée aux métiers extérieurs, une journée à 32°C coûte aussi cher qu'une demi-journée de grève. Et au-delà de 38°C, la productivité baisse de deux tiers. Avec ce facteur aggravant, cette année: deux canicules consécutives se sont abattues sur l'Europe, non durant les deux mois plus calmes de l'été, mais durant une période de pleine activité économique.Absent du rapport DraghiVoilà donc une réalité nouvelle: un changement climatique qui pèse de tout son poids sur la compétitivité européenne, et ce, bien plus que sous d'autres latitudes, selon les observations.Or, curieusement, même le rapport de Mario Draghi, pourtant la bible de l'innovation et de la compétitivité pour les décideurs européens, n'évoque que très peu la nécessaire adaptation à ces nouvelles contraintes.Un manque d'autant plus stupéfiant que certains secteurs les plus exposés sont au cœur de cette relance économique prônée dans toute l'Europe. Ainsi de l'énergie (trois réacteurs nucléaires ont fermé en France en raison des fortes chaleurs), ainsi de nos réseaux électriques, mais aussi du transport, de la construction, de l'industrie où la productivité est la plus sensible aux aléas climatiques.Comment concurrencer les géants de la tech, reconquérir notre place industrielle, assurer notre souveraineté économique, si notre économie trébuche à chaque vague de chaleur? Il est temps d'intégrer un nouveau chapitre dans le livre européen de la compétitivité: celui du changement climatique qui se déroule sous nos yeux. Cette fois, s'il vous plait, ne le remettez plus au frigo!
Édito | Placer l'enjeu climatique au cœur de notre compétitivité
Les deux canicules que nous avons connues d'affilée, en mai et cette semaine, montrent ce que notre impréparation coûte à nos économies, en baisses de productivité, en dégâts matériels, et donc en compétitivité. Un enjeu aujourd'hui absent des débats.











