Il ne s’agit que d’une coïncidence de date, mais elle apparaît terriblement symptomatique. A la veille du dixième anniversaire du vote en faveur du Brexit, le premier ministre britannique travailliste, Keir Starmer, a été contraint à la démission, lundi 22 juin, à peine deux ans après une nette victoire électorale. La décision prise, le 23 juin 2016, par une majorité (51,9 %) des électeurs britanniques de quitter l’Union européenne (UE) n’est pas directement la cause de la disgrâce de M. Starmer, alimentée par des décisions impopulaires, un manque de charisme et l’incapacité à remédier aux principaux maux du pays, comme la montée des inégalités, l’inflation et la dégradation des services publics.

Mais le choc du Brexit, les dommages et les fractures qu’il a infligés durablement au pays ont provoqué un bouleversement du paysage politique, dont l’instabilité à la tête de l’exécutif – sept premiers ministres en dix ans, rythme rare dans l’histoire britannique – n’est que la manifestation la plus visible. Si le choix de quitter l’UE a traduit un réflexe nationaliste teinté d’exceptionnalisme et d’hostilité à l’égard de l’immigration européenne, il a aussi résulté de manœuvres politiques cyniques.