Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Vie de l’édition Vie de l’édition Vie de l’édition Tribune Eric Sadin Philosophe Dans une tribune au « Monde », le philosophe Eric Sadin réfléchit à un certain nombre de mesures concrètes pour sauver le livre et la lecture face aux nombreuses menaces qui les guettent. Publié aujourd’hui à 12h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés La perspective d’une possible fin du livre, depuis la généralisation d’Internet au tournant des années 2000, s’apparente à un serpent de mer. Or, cette conjecture, que l’on voulait croire infondée, ou vouée à être indéfiniment repoussée, semble désormais prendre corps. Plusieurs raisons à cela. Depuis quelques mois, la baisse des ventes atteint des niveaux inquiétants. Le continuel recul du temps de lecture est documenté, notamment chez les jeunes, tel qu’en atteste le dernier rapport du Centre national du livre. Dans les grandes villes, les loyers deviennent intenables. Au point d’avoir vu récemment le groupe Gibert et le réseau des librairies Furet du Nord et Decitre placés en redressement judiciaire. Enfin, le marché de l’occasion occupe une part croissante, sans que les chiffres générés n’entrent dans la chaîne de valeur usuelle de la filière. Alors que les signaux alarmants se multiplient, un autre facteur, plus sournois, est en passe de donner un coup fatal à ce qui s’apparente dorénavant à un gigantesque château de cartes. A savoir, les intelligences artificielles (IA) génératives, qui font planer la menace d’une mort, pure et simple, de la production éditoriale vivante. Et ce, pour trois raisons principales. Situation déloyale Premièrement, la libre mise à disposition de technologies de l’énonciation automatisée ne peut que conduire à une dévalorisation du langage. Car dès lors que chacun dispose de systèmes à même de nous dispenser de l’effort, c’est le mérite – jusqu’au prestige, lorsqu’il s’agit d’œuvres de l’esprit –, associés à notre capacité naturelle à produire du discours qui s’estompe. Deuxièmement, est appelé à se généraliser, consciemment ou non, un rapport de suspicion à l’égard de toute nouvelle parution. Dans la mesure où nous serons toujours plus incapables d’opérer la distinction entre réalisations humaine et machinique. A cette enseigne, imaginons un Arthur Rimbaud publiant de nos jours, à l’âge de 19 ans, Une saison en enfer, recevant alors des commentaires incrédules affirmant impensable qu’un être si juvénile soit l’auteur de telles pages. Le régime du doute formant, à terme, un poison à même de miner l’intérêt porté aux œuvres, pour voir émerger un processus inverse : des foules faisant générer des « fictions » ou des « essais » répondant à leurs moindres souhaits, devenant toujours plus indifférentes aux vues singulières d’autrui. Il vous reste 61.99% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Dans l’édition, les IA génératives font planer la menace d’une mort pure et simple de la production »
TRIBUNE. Dans une tribune au « Monde », le philosophe Eric Sadin réfléchit à un certain nombre de mesures concrètes pour sauver le livre et la lecture face aux nombreuses menaces qui les guettent.
Les IA génératives menacent la mort de la production éditoriale vivante : dévaluation du langage et doute sur la paternité humaine des textes. Pour manager tech, c'est l'évolution des industries content-intensive vers du contenu mass-produced personnalisé, au détriment des œuvres singulières.







