Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Intelligence artificielle Intelligence artificielle Intelligence artificielle Tribune Aymen Bouali Professeur agrégé de sciences physiques Dans une tribune au « Monde », le physicien Aymen Bouali interroge les effets de l’intelligence artificielle sur notre capacité à écrire, à mémoriser, à penser et s’inquiète de voir cette technologie se substituer aux gestes qui fondent notre humanité même. Publié aujourd’hui à 15h00, modifié à 15h56 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Le danger le plus profond de l’intelligence artificielle (IA) n’est peut-être pas que les machines deviennent humaines. Il est plus discret, plus quotidien : que nous acceptions de penser un peu moins par nous-mêmes. Nous ne cherchons plus longtemps un mot ; nous le demandons à une machine. Nous ne commençons plus toujours un texte par une phrase maladroite ; nous demandons d’emblée une version correcte, présentable. Rien de tout cela ne paraît inquiétant, si les changements sont pris séparément. C’est même confortable. Mais c’est peut-être ainsi que commence la dépossession. Nous avons longtemps pensé la technologie comme un prolongement naturel de nos capacités : écrire, calculer, nous informer, nous divertir plus vite. Chaque outil, isolément, semble raisonnable. La question naît de leur addition. Car l’ensemble dessine une transformation plus profonde : l’externalisation progressive de nos gestes, de notre mémoire, de notre attention, de notre jugement et, désormais, de notre droit à l’erreur. Il ne s’agit pas de défendre une nostalgie naïve. Personne ne souhaite revenir à un monde sans médecine moderne ni ordinateur. Le problème commence lorsque la technologie cesse d’être un appui pour devenir inséparable de l’environnement au sein duquel nous évoluons ; lorsqu’elle ne prolonge plus nos capacités, mais se substitue à elles. Une civilisation peut-elle encore se dire humaine si elle ne cultive plus les gestes par lesquels les humains apprennent à penser ? Prenons l’écriture. Une idée ne surgit pas de la même manière lorsqu’on l’écrit rapidement sur un clavier ou lorsqu’on la laisse naître au bout d’un stylo. La main ralentit la pensée ; mais ce ralentissement n’est pas une faiblesse. Il oblige à choisir, à hésiter, à revenir sur un mot, à sentir la phrase en train de se construire. Ecrire à la main, ce n’est pas seulement produire des signes. C’est faire travailler ensemble le regard, le geste, la mémoire motrice, l’attention et le langage. Il vous reste 67.55% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
IA : « Réhabilitons le brouillon, la rature, l’essai, l’erreur, non comme signes d’échec, mais comme conditions de la pensée »
TRIBUNE. Dans une tribune au « Monde », le physicien Aymen Bouali interroge les effets de l’intelligence artificielle sur notre capacité à écrire, à mémoriser, à penser et s’inquiète de voir cette technologie se substituer aux gestes qui fondent notre humanité même.
L'IA menace moins par remplacement qu'en normalisant la délégation de gestes cognitifs (écriture, pensée, jugement) selon Aymen Bouali. Pour CTO et responsables tech, challenge stratégique du design IA en entreprise : protéger la capacité cognitive des équipes.






