Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Intelligence artificielle Intelligence artificielle Intelligence artificielle Tribune Philippe Huneman Philosophe L’usage intensif de l’intelligence artificielle générative par les enseignants-chercheurs et leurs étudiants met à mal les grands principes de la vie universitaire, basée sur la confiance, déplore le philosophe Philippe Huneman dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 10h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Aujourd’hui, nombre d’étudiants font tout leur travail avec de grands modèles de langage (LLM), comme ChatGPT, Claude ou Gemini. Les révisions y passent, mais aussi la rédaction de mémoires et les candidatures d’appels à doctorat. On ne les blâmera pas : depuis de nombreux mois, il est avéré que les universitaires font de même, et il est même probable que beaucoup d’entre eux aient précédé leurs étudiants. Les revues académiques voient ainsi leur nombre de publications exploser dans tous les domaines, de la chimie des matériaux à la philosophie, en passant par la sociologie des organisations. L’ensemble des notions sur lesquelles repose la vie universitaire est probablement annihilé par là même : l’auteur, le crédit intellectuel, la fiabilité des données et des citations, laquelle justifie la confiance de base dans les travaux publiés, fondement de la communauté académique. Bien sûr, au hasard des couloirs délabrés des universités, des collègues s’extasient sur l’éventail de possibilités offertes par cet outil : écrire des projets de recherche ou en évaluer, noter les copies des étudiants qui elles-mêmes ont été rédigées avec l’intelligence artificielle (IA), répondre aux demandes absurdes de l’administration pour reformater le 297e rapport en retard que personne ne lira… Philosophiquement, ils ont certes un argument. Dans Extending Ourselves : Computational Science, Empiricism, and Scientific Method [« repousser nos limites : science computationnelle, empirisme et méthode scientifique », Oxford University Press, 2004, non traduit], le philosophe américain Paul Humphreys analyse l’usage de l’ordinateur comme une extension computationnelle de nos capacités démonstratives, analogue à l’extension de nos sens que permirent, plusieurs siècles auparavant, le télescope, le microscope, et autres machines dont les avancées de la science sont essentiellement tributaires. On pourrait donc voir les IA génératives comme de nouveaux prolongements de notre esprit et acclamer leur venue. Il vous reste 65.89% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.