Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Intelligence artificielle Intelligence artificielle Intelligence artificielle Tribune Christophe Bettati Avocat Dans une tribune au « Monde », l’avocat Christophe Bettati, par ailleurs diplômé de la Fémis, estime que « les nouveaux outils n’ont jamais tué les arts » et que l’intelligence artificielle pourrait permettre des expérimentations aujourd’hui impossibles à financer. Publié aujourd’hui à 13h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés L’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) réveille des peurs anciennes, et le souhait d’un cinéma sanctuarisé, préservé de toute secousse technique. Reviennent les mêmes inquiétudes, les mêmes invocations de la tradition, comme si l’art se nourrissait davantage de ses reliques que de ses renaissances. Pourtant, l’histoire du cinéma est une succession de ruptures qui, loin de l’appauvrir, l’ont constamment régénéré. La Nouvelle Vague a fait sortir les cinéastes des studios. Claude Chabrol empruntait de l’argent pour tourner Le Beau Serge (1958). Jean-Luc Godard filmait À bout de souffle (1960) avec des moyens de fortune. François Truffaut cherchait moins la perfection académique que la vérité d’un geste, d’un visage, d’une présence. Puis Jean-Pierre Beauviala a inventé la caméra Aaton, légère et silencieuse, ouvrant la voie à une manière de filmer allégée des contraintes techniques. À l’époque, Godard rêvait déjà de cette liberté : « On est en Hollande, on passe dans la campagne, on voit un moulin dont les ailes s’arrêtent ; on prend la caméra dans le vide-poche de la voiture, on filme et on a une image de 35 mm (…). Ensuite ça peut donner l’idée de Correspondant 17 [film d’Alfred Hitchcock, 1940]. Ou autre chose, puisque j’aurai déjà une image et quand on a une image on fait autre chose. » (Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, avec Alain Bergala, Cahiers du cinéma, vol. 1, 1985). Cette intuition de Godard dit quelque chose d’essentiel : les outils ne servent pas seulement à exécuter une vision préexistante. Ils modifient aussi ce qu’il devient possible d’imaginer. Le cinéma ne s’est pas dissous avec le son, la couleur, la vidéo ou le numérique. À chaque étape, il est devenu plus mobile, plus accessible, plus ouvert. L’IA ne rompt pas cette histoire. Ce que l’on redoute aujourd’hui pourrait pourtant lever certaines impasses du cinéma contemporain. Le système actuel finance et promeut souvent des œuvres pensées pour rassurer, qui constituent désormais une part importante de la production annuelle : récits prévisibles, formats calibrés, projets ajustés aux attentes des commissions, des diffuseurs et des logiques d’audience. Dans cet espace contraint, les formes fragiles ou inclassables peinent souvent à exister. Il vous reste 66.74% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.