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EnquêteSi les angoisses d’affaiblissement des facultés de l’esprit face aux nouvelles technologies ne datent pas d’hier, la révolution numérique et l’intelligence artificielle laissent entrevoir la fin de la civilisation du livre.

« Orwell craignait ceux qui interdiraient les livres. Huxley redoutait qu’il n’y ait même plus besoin d’interdire les livres car plus personne n’aurait envie d’en lire. (…) [George] Orwell craignait qu’on nous cache la vérité. [Aldous] Huxley redoutait que la vérité ne soit noyée dans un océan d’insignifiance. » En 1985, un théoricien des médias américain du nom de Neil Postman publiait un essai retentissant intitulé Se distraire à en mourir (Fayard, 2011), dans lequel il dénonçait « le fait le plus significatif de la culture américaine de la deuxième moitié du XXe siècle : le déclin de l’âge de la typographie et l’essor de l’âge de la télévision ».

Toute une culture du débat démocratique liée à la diffusion de l’écrit allait s’abîmer dans un espace public désormais dévoré par le divertissement, avertissait-il. Loin des autodafés et de la censure que l’on associe aux régimes autoritaires, l’avènement de l’âge de la télévision, en nous rivant devant nos écrans, avait définitivement fait gagner la prophétie d’Aldous Huxley (1894-1963) contre celle de George Orwell (1903-1950).