Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Vie de l’édition Vie de l’édition Vie de l’édition Tribune Stéphane Genêt Agrégé et docteur en histoire L’historien et professeur en lycée Stéphane Genêt estime, dans une tribune au « Monde », que le placement en redressement judiciaire des librairies Gibert doit être compris comme le symptôme d’une civilisation qui perd le désir de lire et s’en accommode. Publié hier à 17h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Les librairies Gibert ont demandé leur placement en redressement judiciaire. Cette enseigne, fondée en 1886, familière à des générations d’étudiants et première librairie indépendante de France, n’arrive plus à vivre du livre neuf, et mise désormais sur l’occasion pour survivre. Ce qui frappe Gibert frappe d’abord le marché du livre tout entier et, derrière lui, quelque chose de plus profond : la place qu’occupe encore la lecture dans la vie des Français. Le recul ne concerne pas seulement les adolescents. Il touche surtout les classes populaires et moyennes, tandis que les catégories supérieures résistent mieux. Les librairies indépendantes ferment dans les villes moyennes, les premiers romans et essais peinent à exister, les bibliothèques vieillissent sans relève. Selon une étude IFOP pour Art Explora et France Culture, parue en avril, ce décrochage n’est plus subi : il est consenti. Le premier obstacle n’est ni le temps ni l’argent, mais le manque d’envie. Plus de la moitié des Français n’éprouvent même plus le désir d’entrer dans une bibliothèque. La transmission, surtout, s’effondre. Ainsi, 18 % des jeunes déclarent désormais que leurs parents ne lisent pas de livres, contre 7 % en 2016. Un enfant devient lecteur en voyant un adulte ouvrir un livre avec plaisir. Ce geste banal disparaît. L’école, malgré la détermination et les trésors d’inventivité des enseignants, ne peut, à elle seule, compenser la défaillance de tout un écosystème. On nous objectera que les jeunes lisent autrement, sur smartphone (41 % des adolescents le font). Cependant, faire défiler des commentaires, consulter une fiche Wikipédia ou trois paragraphes d’un article n’est pas suivre pendant des heures la pensée construite d’un auteur. Ce n’est ni la même attention ni le même apprentissage de la complexité. Faire comme si tout se valait revient moins à moderniser la lecture qu’à renoncer à ce qui la rend précieuse. Rituel confortable Lire, écrit Daniel Pennac, c’est « nous abstraire du monde pour lui trouver un sens ». En effet, le livre n’est pas un support parmi d’autres, mais le lieu où se forment le savoir durable, le doute fécond et la culture partagée. Toutes les grandes idées qui ont façonné le monde, de la Bible à Darwin, en passant par l’Encyclopédie, sont nées dans des livres. Les séries, podcasts et documentaires en sont les prolongements : ils ne les remplacent pas. Assécher la source, c’est tarir les affluents. Il vous reste 58.99% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Il faut faire de la lecture la mère des batailles culturelles »
TRIBUNE. L’historien et professeur en lycée Stéphane Genêt estime, dans une tribune au « Monde », que le placement en redressement judiciaire des librairies Gibert doit être compris comme le symptôme d’une civilisation qui perd le désir de lire et s’en accommode.
Gibert, prima libreria indipendente francese, chiede redressement judiciaire mentre il libro nuovo crolla; il 50%+ dei francesi ha perso desiderio di leggere. La trasmissione generazionale della lettura crolla—18% giovani con genitori non-lettori (vs 7% nel 2016)—erodendo la base del pensiero critico.







