Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Livres Livres Livres Tribune Renny Aupetit Libraire et cofondateur du réseau Librest Dans une tribune au « Monde », le cofondateur du réseau Librest Renny Aupetit réagit aux difficultés que traverse le secteur du livre et appelle à s’extraire d’une logique de profusion, désormais largement obsolète. Publié aujourd’hui à 20h00 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés Depuis les annonces concernant les mises en redressement judiciaire de Gibert, puis de Nosoli [propriétaire des enseignes Furet du Nord et Decitre], et les inquiétudes autour de certaines librairies, comme Sauramps, à Montpellier, la même rengaine revient : les Français ne lisent plus, Amazon a une position dominante, les librairies sont condamnées. Ce diagnostic n’est pas le bon. Ce qui est en train de vaciller aujourd’hui, ce n’est pas le livre. Ce n’est même pas la librairie indépendante. Ce sont de vieux modèles construits sur la puissance, le volume et une vision très industrielle du commerce culturel. Depuis les années 1980, on a pensé qu’une grande librairie devait être toujours plus grosse : toujours plus de stock, toujours plus de procédures, toujours plus de centralisation. Le libraire devenait parfois un simple exécutant dans une machine lourde, lente et coûteuse. La grande erreur de certains groupes historiques en difficulté a sans doute été de croire que le métier resterait éternellement un métier de stock et de cavalerie. Arrêtons désormais de regarder le marché du livre avec des lunettes des années 1990. L’arrivée d’Internet a changé la donne : un pure player peut aujourd’hui assurer cette fonction de stock et de logistique, souvent en mieux. Lorsqu’un lecteur peut trouver n’importe quel livre en quelques secondes à partir de son smartphone, la valeur d’une librairie ne peut plus être uniquement logistique. Sinon, elle est immédiatement distancée. Choisir, défendre, transmettre La vraie valeur des librairies repose ailleurs : sur l’humain, et les libraires sont plus que jamais les piliers du métier. Leur capacité à lire, choisir, défendre, transmettre, conseiller fait toute la différence. Leur autonomie, leur formation, leur personnalité sont devenues centrales. Le métier est désormais un métier de lien, de finesse, d’incarnation. Et les lecteurs dans tout cela ? Il faut aller au bout de la réflexion : les transformations ne viennent pas seulement des structures, mais aussi des usages. Les lecteurs ont changé leur manière d’acheter, de comparer, de décider. Ils ont gagné en autonomie, mais cette liberté s’est aussi traduite par un éloignement progressif des lieux physiques. Tout peut être comparé, optimisé, commandé ailleurs, immédiatement. Cela a des conséquences qu’il faut regarder en face, sans nostalgie, mais sans naïveté. Et il faut aussi le dire clairement : il existe parfois une contradiction entre ceux qui déplorent la disparition des librairies et leurs propres pratiques d’achat. Il vous reste 23.4% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.