Temps de Lecture 10 min.

Article réservé aux abonnés

EnquêteDu Lot à la région parisienne, en passant par le Limousin, tenir l’un de ces commerces parmi les moins rentables de France relève du sacerdoce. Si les détaillants indépendants sont partagés entre pluralisme des opinions et lutte contre les idées de l’extrême droite, alors que Vincent Bolloré étend sa mainmise sur l’édition, tous redoublent d’initiatives pour sauver ces lieux où l’on parle autant de littérature que de la vie.

La pluie est fine mais ininterrompue, en ce début de mois d’avril, à Cajarc, village du Lot blotti entre causse et rivière. Une poignée d’habitants, pour la plupart originaires de la région, ont trouvé refuge à La Chamade, la librairie indépendante de leur village de 1 136 âmes. Livres, cafés fumants… l’atmosphère est propice au déballage des souvenirs de la grande époque du bourg.

Village natal et lieu d’inspiration de l’écrivaine Françoise Sagan, Cajarc fut aussi le lieu de villégiature de la famille Pompidou, qui y avait sa résidence secondaire, et de Fernande Grudet, dite « Madame Claude », célèbre et impitoyable proxénète de la capitale. Quelques décennies plus tard, la troupe, abritée du mauvais temps, s’étonne encore : comment Cajarc, lieu si romanesque, attirant artistes et intellectuels, a pu rester si longtemps sans librairie ?