À quelques jours de l’été, nous continuons notre périple sur le GR de pays de la Ceinture verte, une boucle de 350 kilomètres aux limites de la petite couronne. Troisième volet : un bout d’Essonne, entre ruralité et urbanité. La plaine de Balizy abrite de nombreux sentiers ainsi qu’un bassin où nagent des brochets. Photo Léa Crespi pour Télérama Paris Par Anne-Laure Lemancel Publié le 13 juin 2026 à 08h30 C‘est sur un pas de tango (celui de Massy-Palaiseau… salut Renaud !) que je prends le relais de Jean-Baptiste et dévale la rue Lazare-Hoche, vers des paysages verts joufflus, et cette bourgade au nom bucolique : Villebon-sur-Yvette. Si mon cœur bat déjà la campagne, quelques mètres plus loin, le franchissement décoiffant de l’A10 me rappelle à l’ordre. Tout le parcours de cette troisième étape de la Ceinture verte joue d’ailleurs sur ces chocs entre ruralité et urbanité, ces carambolages spatiotemporels — pierre, bitume, nature — propres à la banlieue, ces strates distinctes au creux de paysages chaotiques. Sur un large chemin crayeux, je traverse ainsi de vastes parcelles agricoles, des océans de blé, patchwork de tons marron et verts, que seuls limitent l’infini du ciel… et des barres d’immeubles. Ici, les chants des oiseaux s’élèvent contre le vrombissement incessant des avions d’Orly. Et me voici dans une ville à l’allure champêtre : Saulx-les-Chartreux, au cœur de l’Hurepoix, ex-pays rural d’Île-de-France, entre la Beauce et la Brie, alternance de vallées, coteaux, plateaux agricoles, bordés de zones fortement urbanisées. Petit coin de paradis, la plaine de Balizy se situe entre Longjumeau et Chilly-Mazarin. Photo Léa Crespi pour Télérama Paris Pour l’heure, je pénètre la forêt du Rocher de Saulx sur un chemin tortueux parsemé de jacinthes sauvages, qui se faufile sous les châtaigniers et les chênes. La spécialité de cette forêt ? Son grès, qui servit à façonner les pavés des rues de Paris et ceux du château de Versailles. L’histoire du lieu remonte pourtant bien plus loin encore. Après la découverte en 1975, par des ouvriers, d’un paléosol (un sol fossilisé formé dans un paysage ancien et préservé) de –30 millions d’années, des fouilles mettent au jour, en 1987, des souches et des troncs de cyprès fossilisés, vestiges d’arbres subtropicaux de 27 millions d’années, dont un spécimen est exposé au Jardin des Plantes de Paris. Ici, la carrière de Lunézy, site géologique précieux fermé au public, conserve la plus grande forêt fossile d’Europe. Sur le GR de pays de la Ceinture verte, un chemin entre Villebon-sur-Yvette et Villedieu. Photo Léa Crespi pour Télérama Paris Chemin faisant, je rêve aux dunes de sable ancestrales formées après le retrait de la mer du Bassin parisien, à la fin de l’oligocène (–34 à –23 millions d’années). Le cri des mouettes préhistoriques me tire soudain de ma torpeur, lorsque j’atteins le point panoramique de la forêt. Les feuillages dissimulent quelque peu le point de vue, mais des panneaux aident au décryptage de la plaine de Saulx, à mes pieds, traversée par l’Yvette : des terres rurales issues d’une tradition maraîchère et fruitière (pommiers, cerisiers, poiriers), réputées pour les fraises et les petits pois, qui cédèrent le pas dans les années 1940 à une agriculture céréalière intensive — maïs, blé, orge. Un paysage moins bucolique : la zone commerciale de Ballainvilliers. Photo Léa Crespi pour Télérama Paris Au sortir de la forêt, une autre jungle m’attend : celle d’une zone périurbaine à Ballainvilliers, ponctuée de grandes enseignes (Grand Frais, Brico Dépôt, Maxi Bazar, et même un pisciniste !) et d’énormes axes routiers que je traverse en dehors des clous, (presque) au péril de ma vie. Sortie indemne de cet enfer automobile (gare à vous !), me voici, tout près de la RN 20, sur une route à l’abandon, où des jeunes à moto font rugir les moteurs de leur terrible engin. Après la traversée d’une zone pavillonnaire, je retrouve la quiétude des champs et fends un vaste aplat jaune sec, survolé de corbeaux, avant de descendre vers l’Yvette. Empruntant ses rives, je profite longuement de leur végétation luxuriante, d’étangs, d’une prairie où se love le bassin de Balizy avec ses brochets, ses libellules, ses joncs, ses foulques macroules. Un petit goût de paradis, avant le terminus en gare d’Épinay-sur-Orge, où mon confrère prend le relais pour suivre le fil bleu d’un autre cours d’eau… Une faune nombreuse a trouvé refuge à Balizy : canards, foulques macroules, libellules… Photo Léa Crespi pour Télérama Paris Y allerDépart : Gare de Palaiseau-Villebon (91), RER B. Arrivée : Gare d’Épinay-sur-Orge (91), RER C. 15 km, 3h45.FaireUne balade à cheval (1h) aux beaux jours, le dimanche matin. Inscr. au 01 69 09 99 14, 24h avant, 45 €/ pers., Écuries de Chartreux11, rue de la Salle, 91 Saulx-les-Chartreux, ecuriedeschartreux.comObserver les cormorans, hérons et grèbes (un total de cent cinquante espèces) sur « l’île aux oiseaux », bassin de rétention des crues de 50 hectares, devenu sanctuaire naturel, au nord de Saulx-les-Chartreux.Emprunter le chemin de l’Arpajonnais à Saulx-les-Chartreux, sur le tracé de l’ancien tramway (1894-1937), surnommé le « train aux légumes » car il acheminait les denrées aux halles centrales de Paris.MangerPattaya de Palaiseau, restaurant thaïlandais, pad thaï crevette (15,90 €), mar.-dim. 12h-14h30 et 19h-22h30, 68, rue George-Sand, 91 Palaiseau, 01 69 32 18 07. pattaya-de-palaiseau.fr À lire aussi : Première étape, de Vaucresson à Petit-Jouy – Les Loges À lire aussi : Deuxième étape, de Petit-Jouy–Les Loges à Palaiseau-Villebon Restos & Loisirs Restos Paris Randonnées Balades Grand Paris Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
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