Continuons notre périple sur le GR de pays de la Ceinture verte, une boucle de 350 kilomètres aux limites de la petite couronne. Cinquième volet bienvenu, à l’ombre de la forêt de Sénart, avec ses mares et ses arbres centenaires. Féerique. Au cœur de la forêt de Sénart… Photo Léa Crespi pour Télérama Paris Par Anne-Laure Lemancel Publié le 27 juin 2026 à 08h30 À peine sortie de la gare de Ris-Orangis, je traverse la Seine, si large en cet endroit, si verte, si paisible, avant de gagner ses berges bucoliques, ombragées d’arbres en fleurs : le meilleur spot pour un déjeuner sur l’herbe ! Bientôt, je longe des champs de coquelicots, bordés d’odorantes plantes printanières. Mais le cœur de cette cinquième étape se situe ailleurs : dans la forêt de Sénart, que j’aborde via le carrefour du Chêne-d’Antin. Ici se dresse un curieux arbre calciné. Gare aux apparences ! Il s’agit en réalité de l’un des quelque mille arbres remarquables de France. Vénérable de sept cents ans, il était, du temps de sa superbe, l’une des fiertés de Draveil, illustrant les cartes postales de la ville. Il figurerait même sur une fresque du peintre Eugène Delacroix (1798-1863), La Lutte de Jacob avec l’ange, visible dans la chapelle des Saints-Anges, à l’église Saint-Sulpice, à Paris (6ᵉ). Des tempêtes en 2000, un incendie volontaire en 2004, et le voici réduit à un tronc vide de 3 mètres de haut, exsangue mais émouvant. Ici, les lieux portent souvent des noms poétiques ou cocasses, comme ce carrefour dit de la Mare-aux-Biches. Photo Léa Crespi pour Télérama Paris Dans cette forêt domaniale, premier site touristique d’Essonne avec trois millions de visiteurs, ses comparses — chênes, châtaigniers, bouleaux, pins — se portent comme des charmes (il y en a aussi !), sauf ceux découpés en rondelles pour régénérer la forêt. Ici, la structure en étoile, les larges sentiers rectilignes et le terrain désespérément plat pour la Limousine que je suis se prêtent volontiers à la méditation et à une attention (amusée) portée à la toponymie si poétique : carrefours des Nymphes, de la Mare-aux-Rats, de la Mare-aux-Biches, de la Mare-au-Diable, de Madame, des Princes, route des Moines. Autant de noms qui racontent la géographie et l’histoire de ce lieu, royal depuis Philippe le Bel (1268-1314), où chassait aussi Louis XIV sous l’Ancien Régime. Se murmure même qu’à l’ombre des feuillages Louis XV aurait rencontré sa favorite, la marquise de Pompadour. Violettes, sabots-de-Vénus et muguet Toute à cette idylle, je ne remarque pas deux petits yeux qui me scrutent. Sur un tronc, un minuscule écureuil tout rond et tout rayé grignote tranquillement son gland. J’apprendrai plus tard qu’il s’agit d’un tamia de Sibérie, ou écureuil de Corée, ex-animal de compagnie, relâché dans les années 1960 par ses propriétaires, et qui pullule en forêt de Sénart : entre dix mille et vingt mille spécimens y sont recensés. Une espèce invasive, souvent porteuse de tiques. Serait-elle finalement un peu moins mignonne, cette mascotte des lieux, qui s’enfuit dans les bois ? Elle me donne pourtant des désirs d’escapade. Le tamia de Sibérie est une espèce d’écureuil qui prolifère dans la forêt depuis les années 1960. Photo Léa Crespi pour Télérama Paris Si mon besoin de sérénité aime les lignes droites, mon côté punk, lui, préfère les chemins de traverse. Je délaisse donc ma trace rouge et jaune pour m’engouffrer sur de minuscules sentiers qui plongent dans un bosquet plus profond, plus dense, plus mystérieux. L’occasion d’apercevoir de plus près l’une des huit cent cinquante mares qui parsèment la forêt ou ses tourbières. Et d’admirer les violettes, les sabots-de-Vénus ou le muguet qui poussent à l’écart des grands axes et dont une promeneuse a fait un beau bouquet. Un présage de bonheur, dans cette forêt qui fut l’un des tristes théâtres de la Première Guerre mondiale. Route de la Régale, on peut observer l’une des huit cent cinquante mares qui parsèment les bois. Photo Léa Crespi pour Télérama Paris Sans heurts, je retrouve ma piste, qui mène vers un paysage de lande, à la végétation basse et épineuse, aux genêts d’or qui flamboient. Après le passage d’une route, me voici inondée par une averse diluvienne… aussitôt suivie d’un grand soleil. Par l’évaporation, les bois fument et étincellent lorsque j’atteins le carrefour des Fées. Jusqu’à la gare de Boussy-Saint-Antoine, tous les esprits des bois m’accompagnent. Avant de partirConsulter cette présentation du GR de pays de la Ceinture verte.Y allerDépart de la rando : gare de Ris-Orangis (91), RER D. Arrivée : gare de Boussy-Saint-Antoine (91), RER D. 14,7 km, 3h.VoirLa Faisanderie de Sénart (détour de 5 km), ancien pavillon de chasse (XVIIIe) devenu un centre pédagogique forestier, dont le parc abrite une vingtaine de sculptures monumentales signées des plus grands artistes du XXe siècle. Route forestière de la Faisanderie, 91 Étiolles.FaireDu vélo en forêt de Sénart, sur les cinq circuits balisés.Rejoindre les forêts de Rougeau et de Bréviande (à pied, à cheval, à vélo) via l’allée Royale (6 km), créée sous Louis XV, bordée de cinq cents séquoias et mille sept cents arbres fruitiers. En forêt de Rougeau, voir la sculpture Le Gardien, de Gloria Friedmann (10 mètres de haut).MangerBoulangerie Maison GSD, 40, rue des Saint-Jean, 91 Draveil. Mercredi 7h-13h, du vendredi au dimanche 7h-13h30. Tél. : 01 77 05 31 15. Quiches : 2,90 €. Quatrième étape La Ceinture verte d’Île-de-France à pied : quatrième étape, d’Épinay-sur-Orge à Ris-Orangis Troisième étape La Ceinture verte d’Île-de-France à pied : troisième étape, de Palaiseau-Villebon à Épinay-sur-Orge Deuxième étape La Ceinture verte d’Île-de-France à pied : deuxième étape, de Petit-Jouy–Les Loges à Palaiseau-Villebon Première étape La Ceinture verte d’Île-de-France à pied : c’est parti ! Première étape, de Vaucresson à Petit-Jouy – Les Loges Restos & Loisirs Restos Paris Forêt Ile-de-France Balades Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus