Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Les débats sur l'éducation Les débats sur l'éducation Les débats sur l'éducation Tribune Claude Garcia Professeur de sciences économiques et sociales Enseignant de sciences économiques et sociales, Claude Garcia retrace, dans une tribune au « Monde », l’évolution de l’idée de méritocratie, dont les fondements et les espoirs ont pu être négligés en salle des professeurs, au profit de la notion d’élitisme républicain. Publié aujourd’hui à 05h15 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Cette tribune paraît dans « Le Monde de l’éducation ». Si vous êtes abonné au Monde, vous pouvez vous inscrire à cette lettre hebdomadaire en suivant ce lien. Quel beau mot que cette méritocratie, me disais-je, quand je suis entré dans le métier après avoir passé deux concours ! Moi, issu de la classe populaire, j’avais des tantes, certes plus âgées que mes parents, qui ne savaient pas écrire. J’étais un exemple de la méritocratie et je me promettais de contribuer à la faire vivre. Normalement, depuis la Révolution, la naissance ne devrait pas expliquer la position sociale, celle-ci, dans le meilleur des mondes, devant s’expliquer par son travail et ses mérites. Dès mon premier poste, des collègues plus expérimentés m’ont mis en garde. Ils trouvaient déjà, à la fin des années 1980, que le concept de méritocratie s’inscrivait dans une vision libérale de la société, et culpabilisatrice des individus qui n’obtenaient pas de bons résultats scolaires. Il fallait promouvoir l’élitisme républicain. Ils le percevaient comme un objectif plus ambitieux et plus collectif. Il s’agissait de sélectionner les élites, mais celles-ci seraient censées servir réellement l’intérêt général. La formule « élitisme républicain » est belle, mais elle ne guidait pas spécialement le jeune professeur que j’étais. J’étais bien plus préoccupé par les différences de capital économique, de capital social ou réseau social et, bien sûr, des différences de capital culturel qui attestaient que l’égalité de droit, pour atteindre les formations les plus gratifiantes, ne se traduisait pas par une réelle égalité des chances. Perdants de la compétition scolaire Au quotidien, le professeur, par l’enseignement de sa matière et les projets culturels qu’il mène, essaie de renforcer l’estime de soi des élèves et de mieux les armer pour la compétition scolaire. Avec les années, la mise en garde initiale des anciens s’est muée en une critique bien plus sévère de la méritocratie, avec des professeurs, sinon complices des dominants, du moins présentés en naïfs, croyant lutter contre les inégalités, et qui contribueraient à la reproduction sociale. Pire, ils amèneraient les élèves perdants de la compétition scolaire à penser qu’ils sont seuls responsables de leur échec, dédouanant, de la sorte, la société et les mieux lotis de celle-ci. Le professeur rendrait acceptable la reproduction des inégalités. Il vous reste 62.23% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Même un enseignant attaché aux valeurs de l’école républicaine doit rester modeste sur le pouvoir de l’école »
TRIBUNE. Enseignant de sciences économiques et sociales, Claude Garcia retrace, dans une tribune au « Monde », l’évolution de l’idée de méritocratie, dont les fondements et les espoirs ont pu être négligés en salle des professeurs, au profit de la notion d’élitisme républicain.







