Le dialogue, déjà effiloché, s’est durablement rompu entre les acteurs de l’enseignement et la majorité politique. Le corps enseignant ne baisse pas les armes. Pourtant, ce n’est pas dans le combat que s’améliorera son avenir – et celui de nos enfants.Des classes vides, pour raison de sécurité. Des examens annulés, jugés "pas si indispensables". Des ados – oui, des ados – chauffés à blanc. Et cette image qu’ont laissée jeudi enseignants et étudiants dans les rues de Bruxelles et de Namur: celle d’une profonde rupture crépitant dans un feu de poubelles.Voilà pour le symbole, celui d’un monde politique et d’enseignants désormais en opposition frontale. D’un côté une vision budgétaire, singulière et brutaliste; et de l’autre, cette légendaire inertie des écoles, rétives aux changements.Le corps enseignant a donc exhumé la hache de guerre pendant que, après 15 heures de débats houleux, le parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles entérinait vendredi, dans les petites heures de la nuit, le fameux décret-programme. Un couperet dont l’école a désormais entendu le bruit sec.Et maintenant ? Maintenant, il reste un terrain brûlé sur lequel il faudra tout reconstruire. Dans les cendres desquelles gît une réforme en cours, nécessaire, le Pacte d’excellence, ce processus de longue haleine qui, depuis 2017, avait pourtant profité, bon an, mal an, d’un échange constructif entre le politique, aujourd’hui délégitimé, et cet équipage difficile que constitue l’enseignement.C’est sur cette réforme, oubliée dans la rue, qu’il faut refocaliser les énergies. Car les maux sont toujours là, connus et, malheureusement, nombreux et déstructurants pour notre société: enfants en décrochage, taux de redoublement élevés (et coûteux), résultats obstinément à la traîne dans l’enquête Pisa, dévalorisation du métier, pénurie d'enseignants… Des maux qui, à l’évidence, ne se résolvent pas sur les pavés.Pour que l'école redevienne une ruche bourdonnanteRefocaliser, c’est d’abord reprendre langue sur ce qui est sur la table.Rehausser le seuil de réussite de 50% à 60%, comme proposé dans le décret-programme? Une mesure qui devrait préluder un relèvement des ambitions et non, comme le pointent les enseignants, un nouveau risque de redoublement. Le Pacte, justement, s’appuie sur les suivis individualisés des élèves en difficulté.Tout comme ces deux fameuses heures de cours supplémentaires demandées à certains professeurs (qui aligneraient les prestations francophones à celles de la Flandre): plutôt que d’en subir les effets, elles devraient aider à l’adéquation entre l’offre scolaire et les défis, numériques notamment, du monde extérieur. Ici aussi, le Pacte en balise les contours, tout en autonomisant les équipes éducatives.Le tout avec un œil sur la soutenabilité budgétaire, qui devra passer par une meilleure collaboration entre les réseaux scolaires. À défaut, les non-réformes d’aujourd’hui ne cesseront de constituer les dépenses supplémentaires de demain.Mais pour ce faire, politiques, enseignants, parents, syndicats, pouvoirs organisateurs doivent renouer au plus vite le dialogue. Pour que l’école redevienne une ruche bourdonnante d’apprentissage, de découvertes, de rencontres et de rêves. Nos élèves méritent autre chose que des feux de poubelles.
Édito | L’école ne se construit pas dans la rue
Le dialogue, déjà effiloché, s’est durablement rompu entre les acteurs de l’enseignement et la majorité politique. Le corps enseignant ne baisse pas les armes. Pourtant, ce n’est pas dans le combat que s’améliorera son avenir – et celui de nos enfants.










