Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Enseignement supérieur Enseignement supérieur Enseignement supérieur Tribune Laurent Assouly Ethnologue L’ethnologue Laurent Assouly rend compte, dans une tribune au « Monde », du sentiment de désillusion qui prévaut chez les jeunes diplômés et de la tentation qu’ont certains de retarder leur entrée sur le marché du travail. Publié hier à 18h00, modifié à 00h48 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Avril 2025. Une journée de printemps, au jardin du Luxembourg [à Paris]. Deux étudiants, assis sur les chaises défraîchies du parc, évoquent leur prochain voyage de fin d’études en Asie du Sud-Est. « Ça me prend la tête de prendre un billet retour. J’ai envie de vivre un peu, peut-être une année de césure… » ; « Pour moi, compliqué vis-à-vis de mes parents, qui m’ont aidé financièrement. Maxi trois mois. » J’apprendrai plus tard qu’ils terminent tous deux leur master de sciences de gestion. Deux trajectoires semblables en apparence. L’un hésite à rentrer, l’autre s’y oblige. Mais ni l’un ni l’autre ne semblent pressés. Faire un master n’est plus vraiment un choix. C’est une norme, une injonction sociale qui tient de moins en moins ses promesses et fissure le pacte méritocratique : travailler dur, obtenir un diplôme, et la réussite suivra. Le constat est sans appel. Le nombre de diplômés de niveau bac + 5 a augmenté de 80 % entre 2006 et 2023, selon le ministère de l’enseignement supérieur. A vouloir démocratiser l’accès au diplôme, au nom de l’égalité des chances, on a obtenu l’inverse de l’effet escompté. Ainsi, le master est devenu le nouveau baccalauréat, un ticket d’entrée dont la valeur s’érode à mesure qu’il se généralise. Trouver une alternance, ce sésame censé réconcilier formation et emploi, est de plus en plus difficile. Plusieurs filières sont saturées, le marché peine à suivre, et, faute de mieux, beaucoup d’étudiants acceptent un second choix : une entreprise qui ne les enthousiasme pas, un secteur par défaut, avec, à la clé, une expérience qui débouche de moins en moins sur une embauche. L’entreprise préfère souvent recruter un nouvel alternant plutôt que de titulariser celui qui part ; quant à l’étudiant, il ne souhaite pas toujours rester. Un double constat d’échec silencieux. En amont, il y a là une industrie encore mal nommée. Pour certaines écoles de commerce, l’alternance s’est aussi transformée en modèle économique. Elle permet à des étudiants de financer leur écolage grâce au salaire versé par l’entreprise d’accueil. Le jeune travaille, l’école perçoit les frais de scolarité, et l’entreprise profite d’une main-d’œuvre qualifiée à coût réduit. Il vous reste 60.26% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.