91%, c’est le pourcentage de jeunes diplômés qui perçoivent l’entreprise de manière positive, « permettant d’apporter innovation, progrès et épanouissement ». La nouvelle étude du New Gen Talent Center de l’EDHEC et de Forvis Mazars bat en brèche l’idée d’une nouvelle génération « trop fainéante, trop inadaptée au monde de l’entreprise et du travail ». Totalement à rebours de l’idée d’un désenchantement des jeunes face au monde de l’entreprise, les diplômés interrogés insistent au contraire sur l’aspect collaboratif de ce modèle. Seulement 9 % d’entre eux témoignent d’une vision négative, évoquant notamment un phénomène de green washing et une inadaptabilité des entreprises aux nouveaux enjeux sociétaux et environnementaux. « Il y a une déconstruction assez claire du mythe que le modèle de l’entreprise n’intéresse plus les jeunes », affirme Manuelle Malot, directrice de l’EDHEC New Gen Talent Center. « Je me souviens par exemple d’un témoignage très marquant d’un jeune qui nous a dit que « l’entreprise est une aventure collective » et c’est exactement le sentiment que nous avons retrouvé chez d’autres jeunes » poursuit-elle.Le rapport à l’entreprise, « entre attachement et lucidité »Si les jeunes diplômés perçoivent plutôt positivement l’entreprise, ils restent toutefois critiques et lucides. 58% le considèrent comme étant juste. « En quelques années, l’entreprise est devenue beaucoup plus juste si on compare à d’autres études. Elle reste donc désirable mais on voit que son système pose question avec le stress et l’organisation trop verticale », souligne Manuelle Malot. Et effectivement, certaines représentations persistent : les trois quarts continuent de juger l’entreprise comme un environnement stressant, 69% vertical, et deux tiers reflétant un monde standardisé voire « trop ancien ». Ces étudiants mettent en parallèle l’innovation des entreprises avec des produits et services très ancrés dans la société actuelle, avec un mode d’organisation très vertical, reflet de pratiques dépassées. « On voit bien qu’ils ne sont pas naïfs, ils restent très critiques et nuancés. Ils savent bien les difficultés qu’ils vont trouver en entreprise. »« Un manager qui veille plutôt qu’un manager qui surveille »Depuis plusieurs années, le phénomène de « conscious unbossing » se développe en France et dans le monde entier. Ce terme désigne le fait de refuser volontairement un emploi de manager, et qui serrait particulièrement présent chez les plus jeunes. « Depuis, on retrouve beaucoup l’idée que si les jeunes ne veulent pas progresser dans l’organisation, c’est parce qu’ils ne veulent plus s’engager dans l’entreprise. Mais on voit au contraire un fort engagement de la jeunesse, et une transformation du rapport au management », témoigne la directrice du New Gen Talent Center de l’EDHEC. Loin du modèle du manager statutaire des autres générations, tirant son autorité par son statut hiérarchique, c’est un nouveau modèle de manager, bien plus à l’écoute qui émerge. Les jeunes diplômés jugent nécessaires certaines pratiques managériales innovantes, notamment la prise en compte du bien-être des collaborateurs, un travail plus flexible, et la favorisation de la cohésion des équipes. « Ils souhaitent un manager qui les développe, les protège et leur fait confiance. Je me souviens d’une phrase marquante de l’un des sondés : « je veux un manager qui veille plutôt qu’un qui surveille ». Il y a donc une envie d’évolution du rôle du manager », témoigne Manuelle Malot. Cette transition en faveur d’un nouveau rôle du manager est déjà à l’œuvre dans certaines entreprises. Forvis Mazars, collaboratrice de l’étude, a ainsi annoncé expérimenter depuis 1 an la création de « managers du care », opposés aux managers plus « techniques ». Ces nouveaux postes « n’ont parfois rien à voir avec les métiers de l’audit. Ce sont des rôles de facilitateurs, pour accompagner les employés et les aider à trouver leur voie » affirme Alexia Vigneau, directrice des ressources humaines de Forvis Mazard.« 41 % des étudiants ne recherchent pas de CDI pour leur premier emploi »Moment de transition, de doute et d’appréhension, le premier emploi est lui aussi au centre de nouvelles évolutions dans l’esprit des jeunes générations.Tandis qu’en 2024, la durée moyenne idéale pour un premier poste était évaluée à 20 mois pour les jeunes diplômés, il est désormais situé autour de 17 mois, avec quelques nuances suivant les profils. « L’étudiant universitaire a davantage un profil que nous avons appelé « explorateur pragmatique ». C’est-à-dire qu’il affirme avoir de moins grandes compétences pratiques données grâce à ses études, et il attend donc de son premier emploi un cadre clair et sécurisant qui lui permette de l’aider à se construire sans se tromper ». C’est également chez les étudiants universitaires que la durée moyenne du premier poste est la plus courte : 13 mois en moyenne. « Mais ce n’est pas car ils n’aiment pas l’entreprise, c’est simplement qu’ils ont peur de se tromper » souligne Manuelle Malot. A contrario, le profil en études de management, ou le profil « pilote de carrière » perçoit en revanche le premier emploi avant tout comme un accélérateur. 58 % d’entre eux le considèrent en effet comme un tremplin pour leur futur emploi (contre 38 % des universitaires). Pour les ingénieurs toutefois, le premier poste est avant tout une montée en compétence (61 %). Parmi les envies des jeunes pour un premier emploi, la conception du CDI a également beaucoup évolué. Auparavant considéré comme un Graal, il ne semble plus aussi attractif : si 59 % continuent à vouloir le prioriser, plus de 40 % d’entre eux n’en recherchent pas pour un premier emploi.