Quentin JorisResponsable du service Économie/politique26 mai 2026Aujourd'hui à 18:27Entre impératifs budgétaires et malaise de terrain, l’école mérite mieux qu’un bras de fer stérile.Les grèves dans l’enseignement nous concernent tous. Car c’est à l’école que se façonne en partie l’avenir de nos sociétés. C’est également dans ce lieu que se forme l’esprit critique des citoyens et que des vocations bourgeonnent.La qualité de l’enseignement dit aussi énormément d’une société et de ses priorités. Y investir équivaut à miser sur la matière grise des nouvelles générations, tout en œuvrant à leur épanouissement. Des objectifs essentiels qui ne peuvent être réduits à des arbitrages budgétaires lapidaires.Mais l’enseignement n’est pas une île. Dans une Fédération Wallonie-Bruxelles exsangue, il se trouve donc sous pression. Une situation partiellement due à des décennies d’incurie politique qui ont laissé le sous-financement chronique de l’entité devenir la norme.Résultat: des mesures touchant l’école sont justifiées au nom de problèmes budgétaires. Concrètement, le gouvernement espère désormais réduire structurellement les dépenses du secteur de 500 millions d'euros. Un train d'économies qui passe par l'augmentation de 10% de la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur sans compensation salariale, un régime de congés maladie moins généreux pour les statutaires, ou encore un resserrement du régime de fin de carrière.Rigidité du politiqueCompréhensible théoriquement, cette approche ne peut toutefois constituer le cœur d’une politique d’éducation, laquelle devrait uniquement comporter des choix orientés sur la qualité de l’enseignement. Dire cela n’empêche pas de questionner le fonctionnement de nos écoles. Comme il faut atteindre de meilleurs résultats avec des moyens restreints, il faut aussi pouvoir changer son fusil d’épaule quand l’efficacité n’est pas au rendez-vous.En pointant des faiblesses du système, la coalition Azur joue son rôle. Pour autant, cela ne signifie pas que l’ensemble des remèdes qu’elle préconise soit justifié. D’ailleurs, s’il est fréquent d’entendre des critiques contre les organisations syndicales prétendument rétives à tout changement, il convient aussi d’observer que le monde politique se montre plutôt rigide dans cette séquence.Par son ampleur et sa durée, le mouvement des enseignants nous prouve cependant que le malaise est bien profond, qu’il dépasse l’agitation syndicale. Des enseignants et des directeurs le disent explicitement: nous ne sommes pas contre des réformes, mais celles qui nous sont proposées sont trop nombreuses et insuffisamment concertées. Sur ce dernier point, un effort politique pourrait probablement encore être réalisé. Faire fi de la concertation, ou n’en maintenir une que de pure façade, ne peut être une option.Dans le même temps, les enseignants doivent montrer qu’ils sont de bonne foi et constructifs. Faire des contre-propositions, plutôt que de s'enfermer dans la contestation, ou encore s'attaquer aux causes profondes du problème – à savoir le sous-financement chronique de la FWB et son absence de leviers fiscaux – constitueraient assurément des approches plus porteuses. L’école, fondement de notre démocratie, mérite un débat de qualité, pas une guerre d’usure.
Édito | L’école vaut mieux qu’une guerre d’usure
Entre impératifs budgétaires et malaise de terrain, l’école mérite mieux qu’un bras de fer stérile.













