01 juin 2026Aujourd'hui à 19:31La transparence salariale ne tient pas seulement à une directive européenne. Elle passe aussi par une simplification du système belge de rémunérations et de la fiscalité qui leur est appliquée.La Belgique le reconnaît désormais officiellement: elle n'est pas prête pour la transparence salariale. Gouvernement fédéral et interlocuteurs sociaux ont pourtant eu trois années pour s'y préparer et lever les zones d'ombre et les inquiétudes. Ce ne fut apparemment pas suffisant. Rien n'est simple, en Belgique.Est-ce à dire que notre pays est insensible à l'égalité salariale entre hommes et femmes? La situation n'est pas parfaite, mais la Belgique est sur le podium européen en la matière. Et elle n'est pas le seul État membre à implémenter la nouvelle directive en tirant le frein à main: seuls trois d'entre eux l'ont transposée à ce jour. Ce report est cependant un échec. Sur un sujet aussi important, il faut aller de l'avant. Mais depuis des mois, les fédérations patronales exercent un intense lobbying pour revoir la portée du texte. L'Arizona n'est pas insensible à leur crainte qu'on leur impose une nouvelle usine à gaz, carburant aux contraintes administratives et aux plaintes incessantes d'employés s'estimant victimes d'un mauvais traitement.La directive ouvre-t-elle la porte à une bureaucratie ingérable? Chaque État reste libre d'adapter le nouveau cadre à sa réalité nationale. Et c'est vrai qu'en Belgique, la question salariale passe largement par la concertation sociale, et donc les syndicats, qui pourraient y trouver un levier d'influence important au niveau des entreprises.Faut-il, quand on régule le marché du travail, veiller à ne pas compliquer inutilement la vie des entreprises? Absolument. Mais ce qui est vrai quand il s'agit de tirer sur l'ambulance européenne doit aussi l'être à l'échelon belge. L'équipe De Wever affirme poursuivre cet objectif. À la toute première page de l'accord de gouvernement, on peut lire: "Nous veillerons à une simplification administrative substantielle pour nos entrepreneurs." L'imbroglio des dernières semaines autour de l'indexation plafonnée, dénoncée par les secrétariats sociaux et les employeurs, montre pourtant que le gouvernement a préféré la complexité à la simplicité de l'accord des interlocuteurs sociaux.Mais plus fondamentalement, il est plus que temps de s'attaquer à la complexité du système belge, qui est en elle-même un frein à toute transparence salariale. Chèques, avantages en nature de toutes sortes, plans cafétéria... Tout cela complique fortement la comparaison des rémunérations, et cela dépasse la question du genre.À l'arrivée, cette transparence ne pourra être complète que si le système fiscal traite équitablement les différentes formes de rémunération. Au pays des niches fiscales, voilà sans doute la plus importante des simplifications à mettre en œuvre.