Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Condition animale Condition animale Condition animale Tribune Emilie Dardenne Professeure des universités Réjane Sénac Politiste Les animaux, leurs conditions de vie et d’exploitation sont les grands absents des débats autour du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole, en débats à l’Assemblée nationale, alors qu’ils en sont le principal objet, dénoncent les chercheuses Emilie Dardenne et Réjane Sénac, dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 06h52 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Soumis au vote mardi 2 juin, le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles est actuellement examiné à l’Assemblée nationale. Depuis sa prise de poste en 2024, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, répète sur les plateaux télé et dans la presse qu’il faut « redonner du bon sens aux règles », alléger les contraintes administratives, faciliter la modernisation, au nom d’une souveraineté agricole à reconquérir. De quoi, de qui parle-t-on avec ce projet de loi ? De justice sociale et écologique. Tant pour les agriculteurs et agricultrices – car ce sont leurs conditions de vie et de travail qui sont discutées – que pour les Français, dans un contexte d’urgence vitale dû au dérèglement climatique. Un enjeu essentiel de ce débat est bien sûr le positionnement de la France vis-à-vis de la compétition féroce à laquelle se livrent les Etats en matière agricole, sachant que celle-ci repose sur l’accaparement et la destruction des ressources. Dans cette fuite en avant destructrice, un élément en revanche n’est jamais évoqué : la réduction des animaux dits d’élevage à une ressource économique. Ainsi, en France, malgré la dénonciation quasi consensuelle de la maltraitance animale, huit animaux abattus sur dix proviennent d’élevages intensifs et seulement 2 % de la population est végétarienne. Si la souveraineté agricole est à reconquérir, la souveraineté humaine sur les vies animales est, elle, bien acquise. « Complexe animalo-industriel » Les fermes-usines en sont la preuve. Ce sont des formes d’élevage qui, pour répondre à des exigences de rentabilité économique dans la production de ce qu’on appelle de la « viande », et dans la production de poisson, d’œufs ou de lait, parquent les animaux dans des surfaces non conformes à leurs besoins, et pratiquent une sélection génétique repoussant toujours les limites de la productivité. La maltraitance dans les élevages dits intensifs prend également la forme d’une absence de sollicitation positive sur les plans sensoriel et cognitif. Pour les animaux captifs de ces systèmes, ces lieux de survie sont hostiles, violents. Ils peuvent y subir des rationnements et souffrir de faim. La forte densité de ces espaces est source de blessures, de douleurs chroniques, d’agressivité. Il vous reste 65.85% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.