Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Ressources naturelles Ressources naturelles Ressources naturelles Tribune Jérémie Godet Président de l’établissement public territorial du bassin de la Vienne Le projet de loi d’urgence agricole arrive en débat au Sénat, lundi. Dans une tribune au « Monde », Jérémie Godet, président de l’établissement public territorial du bassin de la Vienne, s’inquiète d’une « brutalisation » de la démocratie locale au profit des intérêts d’une minorité d’agriculteurs. Publié aujourd’hui à 09h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés La « Chambre des territoires » est-elle devenue la « Chambre des lobbys » ? Alors que nous pouvions légitimement attendre des sénateurs et des sénatrices qu’ils défendent le travail des élus locaux dans les instances de l’eau, il n’en est rien. Au contraire, lors de l’examen du projet de loi d’urgence agricole en commission des affaires économiques, ils ont choisi d’amplifier le processus de recentralisation de l’Etat et de fragilisation de la démocratie locale de l’eau. Les débats en séance publique ne devraient pas entraîner une modification de leur copie. L’écriture et le vote du texte suivent leurs cours. A la suite des députés, et en aggravant la teneur du texte, la commission des affaires économiques du Sénat a déjà voté plusieurs amendements inquiétants pour de nombreux élus locaux impliqués dans la gouvernance de l’eau. Ainsi, ce projet de loi et certains amendements organisent un recul profond : contournement des schémas d’aménagement et de gestion des eaux, affaiblissement des commissions locales de l’eau, accélération de projets de stockage, fragilisation des zones humides. La gestion de l’eau en France s’est construite, depuis les années 1960, en prenant appui sur les bassins-versants et une forme de démocratie sociale et territoriale, qui reste perfectible, mais fait figure de modèle sur le plan international. Elle repose sur une idée simple : décider au bon endroit, avec les bons acteurs, à l’échelle du bassin-versant. Les commissions locales de l’eau permettent aux élus, aux usagers, aux services de l’Etat et aux acteurs socio-économiques de trouver un équilibre, collectivement et démocratiquement. Choix patiemment construits Donner au préfet la possibilité de contourner leurs décisions constitue une rupture dans l’histoire de la gouvernance de l’eau à la française. C’est une recentralisation claire, à l’image de ce qu’a produit le macronisme depuis 2017. L’Etat pourrait désormais reprendre la main sur des choix patiemment construits à partir des territoires. C’est une forme de brutalisation du travail des élus de terrain. Des années de concertation peuvent être remises en cause sous la pression de quelques-uns. Or, les élus territoriaux connaissent les tensions. Ils les vivent, ils y répondent. Les mépriser, c’est porter un coup supplémentaire à la vie démocratique de notre pays. Il vous reste 61.26% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.