Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Cinéma Cinéma Cinéma Tribune Carole Bienaimé Besse Ancienne membre de l’Arcom Dans une tribune au « Monde », la spécialiste des médias Carole Bienaimé Besse rappelle, à l’heure où les géants de la tech et de l’intelligence artificielle bouleversent les rapports de force, qu’il est vain, voire dommageable, d’opposer liberté d’expression et responsabilité économique. Publié aujourd’hui à 12h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Il est des polémiques qui révèlent moins un danger réel qu’un profond malentendu. Celle suscitée par la tribune des 600 signataires invitant à « zapper » Vincent Bolloré, dénonçant son « emprise » sur le cinéma français, du fait notamment de l’augmentation de sa présence au capital d’UGC, appartient à cette catégorie. Elle détourne l’attention de l’essentiel : la question décisive de notre souveraineté culturelle à l’heure où les véritables centres de gravité de la création mondiale se situent désormais à des milliers de kilomètres de Paris et dans les centres de données de l’intelligence artificielle (IA). Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un acteur français, Canal+, qui demeure aujourd’hui le premier financeur du cinéma national. Même si l’investissement a baissé, les chiffres sont sans ambiguïté : 155,6 millions d’euros investis en 2025, 160 millions prévus en 2026, 170 millions en 2027, après des années à plus de 200 millions annuels. A lui seul, Canal+ contribue à environ 100 films sur les 200 produits chaque année en France. Ce poids est déterminant, ce que nous rappelle le Festival de Cannes depuis son ouverture, le 12 mai : 49 longs-métrages financés, préachetés ou issus de son catalogue sont présents, dont 13 sur 22 en compétition officielle. Et surtout, Canal+, avec Arte et France Télévisions, finance les œuvres les plus risquées, les premiers films, les films dits « du milieu », entre 4 millions et 7 millions d’euros, et les créations qui échappent aux logiques industrielles dominantes. Basculement technologique C’est dans ce contexte qu’intervient la tribune des 600, publiée à la veille de Cannes, moment de visibilité maximale, mais aussi moment critique, alors que se négocient simultanément : la chronologie des médias, qui définit l’ordre et les délais d’exploitation des œuvres ; les engagements financiers des diffuseurs ; l’entrée de nouveaux acteurs comme Amazon Prime Video dans le financement du cinéma sous l’égide de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). Trois négociations structurantes, dont l’échéance est fixée à la fin du mois de juillet, et qui conditionnent l’avenir du secteur. Il vous reste 69.47% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.