La polémique qui oppose Vincent Bolloré, principal actionnaire de Canal+, premier financeur du cinéma français, à une partie de la profession illustre une polarisation dont le secteur n’avait ni besoin ni intérêt. La tribune publiée le 11 mai dans Libération, dénonçant l’« emprise » du groupe sur la liberté de création, a agi comme un détonateur. La réaction, dimanche 17 mai, du président du directoire de Canal+, Maxime Saada, annonçant en marge du Festival de Cannes que son groupe ne travaillerait plus avec les signataires, a transformé l’alerte en affrontement.
Les inquiétudes exprimées sur l’avenir de la création sont légitimes, et les auteurs restent dans leur rôle lorsqu’ils relèvent de potentielles dérives. Le tropisme idéologique de Vincent Bolloré n’est pas une fiction : la suppression des « Guignols de l’info » sur Canal+, la mise au pas d’i-Télé, devenue CNews, le rachat d’Europe 1 et du Journal du dimanche, l’affaire Grasset dans l’édition sont autant d’épisodes qui montrent que le milliardaire breton sait utiliser les médias dont il prend le contrôle pour faire avancer son agenda idéologique. Ces précédents justifient d’autant plus la vigilance que Maxime Saada dirige aussi CNews, assumant une antenne militante peu soucieuse de pluralisme.












