Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Cinéma Cinéma Cinéma Tribune Arthur Delaporte Député du Calvados (groupe Socialistes et apparentés) Dans une tribune au « Monde », le député socialiste Arthur Delaporte réagit à la menace, formulée par le patron de Canal+, Maxime Saada, d’établir une « liste noire » du cinéma. Il appelle à la mise en place de lois anticoncentration, seul moyen, à ses yeux, de sanctuariser l’indépendance de la création. Publié aujourd’hui à 17h00, modifié à 17h10 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Le temps de l’« esprit Canal » est-il définitivement révolu ? Ces dix dernières années, le modèle libéral-libertaire décalé s’était déjà effiloché. Des émissions trop impertinentes avaient été éjectées de la chaîne et les alertes se multipliaient. Mais la production cinématographique semblait jusqu’alors protégée de l’emprise idéologique de l’empire Bolloré ; la diversité des œuvres financées ces dernières années l’attestait. Quelle mouche a donc piqué Maxime Saada, président du directoire et directeur général de Canal+, premier financeur privé du cinéma français, pour déclarer, en plein Festival de Cannes, ne plus vouloir travailler avec les 600 professionnels du cinéma signataires d’une tribune légitimement critique envers Vincent Bolloré ? Le débat sur la liberté de création et d’expression des artistes dans notre pays se trouve amplifié, un mois après la prise de contrôle violente sur les éditions Grasset et la fronde des auteurs. Ce qui est en jeu avec Canal+, c’est d’abord l’avenir de l’exception culturelle française et de sa diversité face à la concentration des pouvoirs médiatique et économique aux mains d’une minorité d’acteurs qui assument de mener une OPA hostile sur l’espace culturel et intellectuel. La tribune publiée par les acteurs culturels dans Libération [le 11 mai] n’exprimait d’ailleurs rien d’autre que cette inquiétude légitime : celle de voir Vincent Bolloré asseoir pas à pas son autorité sur l’ensemble de la chaîne de production du cinéma français. Cette concentration de la production et de la diffusion est plurielle : avec Canal+, StudioCanal et de nombreux médias, l’entrée au capital d’UGC acterait l’absorption des salles de cinéma dans l’empire. Or, plutôt que de rassurer un écosystème créatif légitimement inquiet, et plus largement le grand public, face à l’extension visible de la toile Bolloré, voilà le couperet : Canal+ se passerait de professionnels talentueux mais libres de leur pensée, sans préavis ni discussion ! Cette annonce abrupte, en muselant toute remise en cause du milliardaire, traduit une logique dangereuse et trumpiste. Elle s’inscrit dans une logique plus large : la dissuasion de la parole dissidente par la violence verbale ou économique. Il ne s’agit plus simplement d’un monopole économique, mais d’une tyrannie de la pensée qui vise à dominer l’espace culturel par la peur et l’argent. Il vous reste 56.56% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Canal+ : « Museler toute remise en cause de Vincent Bolloré traduit une logique dangereuse et trumpiste »
TRIBUNE. Dans une tribune au « Monde », le député socialiste Arthur Delaporte réagit à la menace, formulée par le patron de Canal+, Maxime Saada, d’établir une « liste noire » du cinéma. Il appelle à la mise en place de lois anticoncentration, seul moyen, à ses yeux, de sanctuariser l’indépendance de la création.














