Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Culture Culture Culture Chronique Michel Guerrin Rédacteur en chef au « Monde » La polémique autour de la tribune « Zapper Bolloré » fait oublier des menaces économiques et esthétiques bien plus lourdes pour le secteur. Ce dernier, accusé d’être biberonné à l’argent public, a perdu le défi de la démocratisation culturelle, relève dans sa chronique Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ». Publié aujourd’hui à 05h15 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Ils sont surprenants, dans le cinéma. Pendant dix ans ils acceptent sans sourciller l’argent de Vincent Bolloré pour financer des films, et là, dans une pétition, ils assimilent le patron breton au fascisme. Ce dernier peut savourer, voyant la famille des images se diviser entre les radicaux et les autres. Mais il est surprenant, Bolloré. Il n’en a jamais assez. Il a envoyé son porte-flingue, Maxime Saada, patron de Canal+, dire qu’il blacklistait les signataires de la pétition. Jolie bourde. Ou comment l’insulté devient censeur. Depuis, se joue une bataille entre résistants et collabos. Nous en sommes là après dix jours de folie. Dans un Festival de Cannes vampirisé, chacun est sommé de choisir son camp. L’immense majorité des professionnels du cinéma n’ont pas signé la pétition. S’ils ont peu de doute sur le « projet civilisationnel » de Bolloré, visant à installer le Rassemblement national (RN) au pouvoir en 2027, ils constatent un décalage vertigineux entre le brûlot et ce qu’ils voient et vivent chaque jour. Ils voient que Canal+ reste de loin le premier financeur du cinéma avec 160 millions d’euros en 2026, qu’il est omniprésent dans les films cannois, mais que son argent se mêle à celui d’autres, qu’il finance des œuvres diverses, par exemple sur les violences policières, les luttes LGBTQ+ ou les sans-papiers. Canal n’a aucun intérêt à devenir Cnews. Et puis remplacer cette chaîne par qui, par quoi ? La réponse s’apparente à une page blanche. Mais voilà, on n’a jamais vu un patron de studio, en l’occurrence Maxime Saada, le 17 mai à Cannes, dire qu’il allait punir celles et ceux qui insultent son groupe Canal+ tout en prenant son argent. Ça ne se dit pas, ces choses-là, ça se fait en douce. La pétition s’en trouve revigorée, grimpant à 2 400 signataires. L’embarras change de camp. Le sujet embrase tant les esprits qu’il occulte des menaces économiques et esthétiques bien plus lourdes. Déjà il y a bien un danger Bolloré dans le cinéma (comme dans l’édition), mais à chercher du côté de son emprise verticale : il produit des films, les exploite en salles (il détient 34 % du capital du réseau UGC et possiblement 100 % d’ici à 2028), a des médias pour en parler. La réponse pourrait être une loi antitrust empêchant, comme aux Etat-Unis, les producteurs de films de posséder des salles. Il vous reste 61.28% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.