On ne trouve pas le logo Fiat habituel sur la voiture, mais bien celui du célèbre studio de design turinois Pininfarina. « Lorsque Fiat traversait une mauvaise passe, Pininfarina a racheté les droits de la 124 Spider et a poursuivi la production de 1982 à 1985, à environ 20.000 exemplaires », explique Vernet. « La carrosserie a été légèrement retouchée et la voiture a reçu des jantes spécifiques. Il existe deux variantes : cette Spider Europa et la version américaine, reconnaissable notamment à ses pare-chocs plus imposants. Celle-ci est plus rare et plus recherchée. »« La voiture a passé la plus grande partie de sa vie en Italie avant d’arriver en Belgique. Ici, elle a connu deux propriétaires. Nous connaissons le précédent : il l’avait achetée pour sa femme, l’a revendue le cœur lourd… et essaie aujourd’hui de la récupérer. Pas question. » (rires)La voiture a été entretenue et remise en état au fil des années, sans jamais faire l’objet d’une véritable restauration. La peinture n’est plus d’origine, mais la couleur, elle, l’est bien. Noir ? « À vrai dire, on ne sait pas trop », sourit Vernet. « À l’ombre, elle paraît plus claire qu’au soleil. »Prince Laurent« Pendant la pandémie, elle a été une formidable compagne. Toute la famille a multiplié les balades à son volant. C’est aussi à cette époque que j’ai commencé à bricoler moi-même dessus : le circuit de refroidissement qui fuyait, la capote, le plancher… En ce moment, nous avons perdu l’antenne. Ou alors quelqu’un nous l’a volée. »L’entretien plus important est confié au Garage Maubert, à Bruxelles. « C’est là que nous avons découvert que le prince Laurent possède exactement la même. » (rires)© Alexander d'Hiet« Nous n’avons pas encore voyagé avec elle. Elle est très agréable à conduire, mais pas vraiment faite pour les longues distances. Aller jusqu’à la mer du Nord, c’est déjà bien. En revanche, ma mère et moi avons lancé un rallye d’un jour : le “BDL”, pour “Bois de Lessines”. Depuis 2022, nous faisons découvrir la région à des amis venus de Bruxelles et du nord de la France. Le parcours se compose de deux boucles : le matin, nous visitons des châteaux ; l’après-midi, nous roulons à travers les collines en direction d’Audenarde. »« Une vingtaine de voitures participent à chaque édition : une Jaguar Type E, une Ferrari 308 GTS ou encore une autre Fiat 124 Spider, entre autres. Il y a aussi de plus en plus de jeunes participants, notamment des amis qui possèdent une Morgan et une Porsche 901, un modèle très rare datant d’avant que la 911 ne porte ce nom. Cette année, le rallye aura lieu le 13 juin. Nous produisons des autocollants, organisons le catering et, le soir, nous terminons soit au restaurant, soit autour d’un barbecue ici à la maison. »Des porschistes convaincusNous nous dirigeons ensuite vers les deux Porsche. « Je conduis les trois voitures. C’est aussi moi qui m’en occupe vraiment, mais la 996 (1998) est la mienne. Je l’ai achetée au printemps dernier. Ma fiancée et moi avions mis un peu d’argent de côté et nous cherchions quelque chose de plaisant, sans pour autant faire un investissement idiot. Porsche est la marque qui m’a toujours fait rêver. Je ne voulais pas d’un Boxster ou d’un Cayman récents, mais celle-ci entrait finalement dans mon budget de 25.000 à 30.000 euros. »Cette Porsche 996 de janvier 1998 fait partie des tout premiers exemplaires de la génération 996, celle qui a rompu avec la tradition en adoptant le refroidissement par eau.© Alexander d'HietLa 996 est apparue en 1997 comme une remplaçante totalement nouvelle de la mythique 911, abandonnant le célèbre refroidissement par air au profit d’un refroidissement par eau. De quoi refroidir plus d’un puriste Porsche à l’époque. « Mais trente ans plus tard, elle est devenue une véritable early vintage », estime Vernet. « J’aime sincèrement son look. Très fin des années 90, début 2000 avec une sorte de vibe Matrix. Ma compagne l’associe toujours à Sally Carrera dans le film Cars.» (rires)« Il y a dix ans encore, ce modèle était regardé avec condescendance. Mais peu à peu, il gagne en popularité. En 2028, elle passera officiellement en oldtimer. J’espère que sa cote augmentera d’ici là. L’idée serait de la revendre dans environ cinq ans pour passer à autre chose. »Maladies de jeunesseLa voiture a été livrée en Allemagne le 5 janvier 1998, ce qui en fait l’un des tout premiers exemplaires produits. Après quatre années passées là-bas, elle a rejoint le sud de la France, avant d’arriver en Belgique en 2017.« Je savais que les premiers exemplaires souffraient de quelques maladies de jeunesse, notamment du fameux problème de roulement IMS: un roulement de l’arbre intermédiaire, enfoui au cœur du moteur, qui pouvait casser et parfois entraîner le remplacement complet du moteur. Je ne voulais pas d’une voiture à problèmes, surtout qu’une telle réparation peut coûter très cher. »© Alexander d'HietCette voiture se trouvait tout au fond chez un concessionnaire à Liège. « Quand j’ai commencé à poser des questions, le vendeur s’est révélé incapable de me renseigner. Il m’a simplement dit qu’il disposait d’un dossier historique. J’y ai vu que le roulement avait été remplacé en 2021, enfin, c’était noté à la main, sans facture à l’appui. »« Le vendeur proposait la voiture pour le compte d’un ami, mais ne voulait pas faire le déplacement. J’ai alors trouvé son numéro dans le dossier et je l’ai appelé moi-même. Je suis tombé sur Pascal Gaban, ancien pilote de rallye. Il m’a expliqué qu’il possédait beaucoup de voitures et que celle-ci roulait très peu. »« Pascal était le cinquième propriétaire. La voiture était mécaniquement saine et les petites modifications esthétiques me plaisaient beaucoup. Par exemple, la partie inférieure des phares dits “œuf au plat” est transparente au lieu d’être jaune. Ça change complètement la ligne, surtout sur une voiture grise. Elle a aussi reçu des bas de caisse discrets et un échappement sport. De mon côté, je me suis mis en quête des jantes d’origine. »Il nous montre ensuite un intérieur impeccable, légèrement patiné. « Toit ouvrant, climatisation, sièges chauffants, régulateur de vitesse… et tout fonctionne », précise-t-il. « Elle affiche 184.000 kilomètres au compteur. Je roule avec presque chaque semaine. Même en hiver, sauf quand les routes sont salées. Ma compagne et moi aimerions partir avec en Champagne et dans les Vosges. »Sensations fortesLa 996 a été développée entièrement à partir d’une feuille blanche. « En termes de conduite, elle est bien meilleure que les anciennes Porsche », explique Vernet, tandis que nous nous dirigeons vers la 993 (1994), dernière génération refroidie par air et, pour certains, dernière “vraie” Porsche.« J’habite à Bruxelles. Comme je n’y ai pas de garage, ma voiture reste souvent ici. Et presque chaque week-end, mon père me demandait s’il pouvait l’utiliser. À l’origine, il ne s’intéressait pas particulièrement aux voitures, mais soudain je recevais constamment des messages de sa part. Il en était devenu complètement fou. Au point de décider qu’il lui en fallait une lui aussi. »La Porsche 993 est considérée comme la dernière 911 refroidie par air et, pour certains passionnés, comme la « dernière vraie Porsche ».© Alexander d'HietIl ouvre la portière. L’odeur si particulière de l’habitacle est presque enivrante. « Ce modèle a toujours été mon rêve, plus précisément une Carrera 4S de mon année de naissance, 1996. Mon père disposait d’un budget de 80.000 euros. À ce prix-là, on trouve un très bel exemplaire, mais pas une 4S : elle coûte facilement le double. Nous avons donc cherché ensemble une Carrera 2 et avons trouvé celle-ci chez Classiccenter, un spécialiste des Porsche refroidies par air près de Lille. »« Elle affiche exactement le même kilométrage que la mienne », sourit-il. « La voiture a été livrée en Belgique, mais a passé presque toute sa vie chez un chirurgien aux Pays-Bas. »Lorsqu’il démarre le moteur, le grondement mécanique du flat-six résonne dans toute l’allée. « Pour moi, les voitures frôlent l’art. Mais c’est surtout l’expérience qui est incomparable : conduire, passer les vitesses, sentir la direction, accélérer, freiner… sans parler des odeurs et des sons. C’est une sensation physique intense. Une Tesla, c’est joli, mais aussi terriblement vide. Les voitures de grande série ont complètement perdu leur pouvoir de fascination. La Fiat 124 Cabriolet était elle aussi destinée à un large public, mais elle suscitait malgré tout un désir authentique. »Lire plus"J'ai dépensé mon dernier euro pour cette Porsche 997 GT3 et n'ai même pas pu faire le plein""Je veux mourir sans avoir jamais roulé un seul mètre en voiture électrique"Any, le "SUV" électrique sur deux roues avec 120 litres pour tout emporter
Youngtimers: entre l'oldtimer du prince Laurent et une Porsche sortie de Matrix
En général, ce sont les parents qui transmettent leur passion à leurs enfants. Chez Grégoire Vernet (29 ans), l’histoire s’est écrite à l’envers. D’un rare spider italien aux accents royaux à une Porsche d’abord vilipendée par la critique avant de séduire les passionnés, il nous embarque dans un univers de voitures de caractère.








