Il peut sembler paradoxal qu’à une époque où nous pouvons, en quelques clics, grâce à Internet, avoir réponse à presque toutes nos questions, nous soyons dans un tel état d’incertitude face aux temps chaotiques que nous traversons… D’où l’idée amusante, mais au fond très sérieuse, de deux artistes contemporains qui, à Venise, en pleine biennale (et en pleine confusion géopolitique) se sont proposé d’installer un… oracle !Par « oracle » on entendait, dans l’Antiquité, deux choses : à la fois le sanctuaire où l’on pouvait se rendre pour poser directement à un dieu une question décisive, mais aussi la réponse que celui-ci, réputé connaître l’avenir, donnait à l’individu venu le consulter. Ce message divin, souvent énigmatique dans sa formulation (les dieux ne vous mâchent jamais le travail), était transmis par la bouche d’un intermédiaire humain, par exemple cette femme que l’on appelait la pythie, à Delphes, le célèbre sanctuaire d’Apollon. À charge pour le questionneur de l’interpréter ensuite, aidé par des prêtres.Une réponse brève et mystérieusePas de pythie à Venise en 2026, mais une cabine téléphonique rétrofuturiste à l’enseigne lumineuse installée dans le hall du célèbre hôtel Monaco. « Consultorio mitologico » (consultation mythologique), y lit-on, avant d’entrer pour poser dans le combiné la question qui nous taraude, et recevoir une réponse sous la forme d’un ticket émergeant de cette petite machine à la technologie invisible. Une phrase brève, à la fois précise et mystérieuse, invitant le « consultant » à réfléchir à la réponse donnée, au lieu d’en prendre rapidement connaissance avant de penser à autre chose. « Une réponse qui ne résout pas, mais qui résonne », expliquent dans leur projet les deux artistes espagnols du collectif bien nommé Mito, Enrique Baeza et Quim Bonastra, inventeurs de cette « consultation mythologique », pour lesquels « regarder vers l’avenir nécessite inévitablement un regard vers le passé. »Ce n’est pas dans La Minute antique qu’on s’opposera à cette intuition, qui nous rappelle qu’une réponse à une question n’est jamais seulement une simple réponse à une question. « Connais-toi toi-même » (« Gnothi seauton »), était-il d’ailleurs gravé à l’entrée du temple d’Apollon à Delphes, et cette phrase que Socrate avait faite sienne dans sa quête de vérité nous donne peut-être une clé… En ces temps où « oracle » n’est plus, pour la plupart des gens, que le nom d’une puissante entreprise de gestion de bases de données (fondée par le magnat transhumaniste Larry Ellison), n’est-ce pas aussi parce que nous nous sommes habitués, en cette ère d’accélération technologique, à recevoir des réponses simples, rapides et directes – trop simples, trop rapides et trop directes, peut-être – que nous nous sentons, nous, contemporains, dans cet état d’incertitude ? Une question que nous n’avons pas eu le temps de poser à l’oracle de Venise… À vous de jouer.
À la biennale de Venise, consultez un oracle !
LA MINUTE ANTIQUE. Baptisée « Consultation mythologique », l’installation des artistes espagnols Enrique Baeza et Quim Bonastra répond à sa façon aux questions des visiteurs de la plus grande exposition d’art au monde.












