En musique, en parfums, en thé, l’atelier de Manuel Mathieu transpire la quiétude. Lui-même affiche cette image : serein et profondément détendu. La rencontre se déroule pourtant à un mois de la Biennale de Venise, l’incontournable rendez-vous qui prend son envol en ce début de mai. Le Montréalais participe à la 61e édition avec non pas une œuvre, mais huit. Il n’occupe pas le pavillon canadien — c’est Abbas Akhavan, un autre Montréalais, qui s’en charge. Manuel Mathieu est un des 111 artistes de l’exposition centrale. « Un accomplissement énorme », estime-t-il.Au début d’avril, il respirait donc la tranquillité. Une sorte d’assurance, sans doute. Pour lui, l’événement vénitien est une première étape. « Je n’ai que 39 ans, c’est le début de quelque chose. Je vais continuer, je n’ai pas le choix. » Pour faire quoi après ? « Une tour Eiffel. L’équivalent, je ne sais pas. »
Dans le pavillon des Giardini, où est montée une partie de l’exposition In Minor Keys (« En gammes mineures »), le Québécois d’origine haïtienne sera parmi les premiers que découvriront les foules qui y défileront jusqu’en novembre. Sept de ses huit œuvres ont été placées dans la salle 3, formant un minisolo fidèle à l’éclectisme de sa pratique. La huitième, une installation vidéo, se trouve à l’Arsenale, avec le reste de l’exposition centrale.« Avoir autant de place et être en discussion avec l’art qui se fait dans le monde » le rend fier. « C’est ça, la Biennale. Un compte rendu, une prise de vue globale de ce qui se passe. Et je suis dans ce dialogue. Pas avec deux tableaux. J’ai un espace à moi ! »Avant VeniseLa 61e Biennale est passée à l’histoire bien avant le jour J — un an avant —, en raison du décès de Koyo Kouoh, la commissaire désignée pour monter l’exposition centrale. Les cinq personnes qui travaillaient avec elle ont naturellement pris le relais, gardé le titre choisi par la Suisso-Camerounaise et établi la sélection finale des artistes.« Je n’ai jamais rencontré Koyo Kouoh », affirme Manuel Mathieu. À l’annonce de son décès, comme tout le monde, il s’est demandé ce qu’il adviendrait de la Biennale. Ce n’est qu’après que Marie Hélène Pereira, membre de l’équipe Kouoh, lui a annoncé qu’il avait été choisi. Il avait rencontré la commissaire sénégalaise établie à Berlin alors qu’elle visitait Montréal.« Je ne savais pas qu’elle travaillait pour la Biennale, confie-t-il. Je croyais qu’elle était venue faire quelque chose en ville. Des gens qui savent que mon atelier est grand ouvert lui ont suggéré de me rencontrer. On a discuté, on est devenus amis. C’était il y a deux ans. »À Montréal, Marie Hélène Pereira n’a vu aucune exposition de Manuel Mathieu. Il ne s’est douté de rien. « On travaille fort et on ne sait pas jusqu’où notre travail fait écho. » Les mois ont passé, son année 2025 a été riche et diversifiée, marquée par une grande exposition chez PHI et par l’inauguration de sa première œuvre d’art public, la très médiatisée œuvre en mosaïque de la station Édouard-Montpetit du REM. Il est aussi devenu créateur de parfums. Puis, il a appris que ses œuvres voyageraient à Venise.








