« Dans le silence de l’hiver », chante Robert Charlebois dans Je reviendrai à Montréal. Ces quelques mots ont tout de suite interpellé le photographe et cinéaste Ali Ihtiyar, qui présente actuellement l’exposition Le poids du silence au Gesù dans le cadre du Festival Accès Asie. « Il fait face à quelque chose [dans le morceau]. Il tombe amoureux de l’hiver, malgré tout. Il dit qu’il veut revoir [ce lac étrange]. C’est tellement mélancolique », note l’artiste. Selon lui, la météo québécoise, parce qu’elle est si changeante et si extrême au fil des saisons, agit sur nos émotions et nos perceptions de l’espace et du temps dans un silence retentissant. « Quelque chose arrive, puis repart », relève-t-il.Les photographies de l’exposition, dans lesquelles la pluie et le vent semblent palpables et le temps suspendu, traduisent, de fait, une certaine solitude. Celle des immigrants notamment — un sujet que l’artiste d’origine turque connaît bien puisqu’il a déjà travaillé sur les questions de l’exil et des réfugiés — mais pas seulement. « Je ne peux pas dire que c’est uniquement mon problème à moi, en tant qu’immigrant. C’est peut-être le problème du siècle. Du nouveau système mondial, de la mondialisation. La solitude fait partie de la vie, l’isolement aussi », constate Ali Ihtiyar. Nous pouvons alors toutes et tous nous projeter ensemble dans Le poids du silence.« D’une certaine manière, tout le monde est un peu immigrant ici : il y a la culture québécoise, avec des influences de la culture européenne, et il y a le multiculturalisme, donc Montréal n’est pas une ville nord-américaine au sens strict du terme », estime Ali Ihtiyar. Pour lui, toutes ces solitudes et toutes ces mélancolies qui se côtoient font de Montréal une métropole débordante de vie et d’autant plus précieuse. « C’est pour ça que c’est une ville très artistique, très créative », croit-il.