En cette troisième journée de compétition, quelque chose clochait dans la salle Bazin. L’atmosphère jurait avec le silence d’église qui y régnait lors des précédentes projections de presse, au cours desquelles la centaine de journalistes en « tenue correcte » — comme l’exige le festival — étaient d’une discrétion exemplaire, hormis les malheureuses sonneries de téléphone rapidement étouffées. Des soupirs audibles et des chuchotements désapprobateurs accompagnaient ainsi la bande-son de Soudain, mammouth cinématographique de Ryūsuke Hamaguchi s’étirant sur trois heures et seize minutes. Même les plus fidèles adeptes du cinéaste japonais, lauréat du prix du scénario à Cannes pour Drive My Car (2021), concéderont que son nouveau film est plus facile à respecter qu’à aimer.Librement inspiré d’un recueil de lettres échangées entre la philosophe Makiko Miyano et l’anthropologue médicale Maho Isono, Soudain met en vedette Virginie Efira — croisée la veille dans Histoires parallèles —, qui campe ici une directrice d’une maison de retraite en région parisienne. Malgré le décor lumineux, voire édénique, de cet établissement tranchant avec l’image glauque de nos CHSLD, l’existence de Marie-Lou n’est pas un long fleuve tranquille.Idéaliste invétérée, elle se bat pour obtenir les fonds nécessaires au développement d’un programme thérapeutique inspiré de l’humanitude, concept fondé sur la primauté de l’individu sur la maladie. Cette approche holistique contrarie notamment une collègue soignante plus âgée (Marie Bunel), attachée aux protocoles rigides hérités de la tradition psychiatrique d’un autre siècle.Alors qu’elle est au bord de l’épuisement professionnel, Marie-Lou assiste à un étrange solo théâtral participatif (les spectateurs sont munis de divers instruments traditionnels japonais qu’ils peuvent utiliser à leur guise). Debout sur scène, faisant dos à un miroir reflétant les visages dans la salle, un homme âgé mais vif de corps et d’esprit évoque les enseignements du psychiatre italien Franco Basaglia, s’aventure dans une méditation obscure sur le possible et l’impossible, avant de projeter violemment des chaises métalliques les unes contre les autres.
«Soudain» et «Gentle Monster»: de l’autre côté du miroir
Les œuvres de Ryūsuke Hamaguchi et de Marie Kreutzer jettent un regard sur l’impossibilité de connaître l’autre.











