Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement M le mag M le mag On ne l'avait pas vu venir On ne l'avait pas vu venir On ne l'avait pas vu venir Chronique Guillemette Faure Dans sa chronique, Guillemette Faure met en lumière les transformations invisibles de notre époque. Cette semaine, pendant le Festival de Cannes, l’art de donner son avis sans vraiment le donner, afin de ne froisser personne à l’issue d’une projection. Publié le 13 mai 2026 à 15h30 Temps de Lecture 3 min. Read in English Article réservé aux abonnés Le Festival de Cannes, ce sont des films. Mais c’est surtout le lieu où se retrouvent des gens qui, en raison de leur métier, passent leur année à voir des films (en présélection, en vente, en avant-première…) et à devoir donner instantanément leur avis. Mais qu’ils soient producteurs, distributeurs, attachés de presse, sélectionneurs de festival, réalisateurs, comédiens ou critiques, tous sont susceptibles de retravailler un jour avec ceux qu’ils croisent à la sortie des projections. Dans cet écosystème à mémoire longue, la franchise est un luxe ; l’ambiguïté, une compétence professionnelle précieuse. C’est arrivé près de chez nous En sortant d’une séance, le cas le plus simple reste celui du film qu’on a sincèrement apprécié. Toutes les autres situations exigent un vrai talent de contorsionniste. Une technique courante consiste à réorienter le regard vers la fabrication (« Ça a dû être sympa ce tournage dans cette grande maison ! », « C’est incroyable ce que vous avez réussi à faire avec ce budget ! »). Variante : louer tout point particulier (image, technique, second rôle) susceptible de recueillir, un jour, un César, fût-il du meilleur lacet de chaussure. Les adeptes de cette technique peuvent se flatter de leur honnêteté (« Il ne faut pas mentir mais surjouer : prendre les trucs qu’on a aimés dans un film et fouetter la mayonnaise. »). Parce que peu de gens résistent au bonheur d’entendre parler d’eux, il y a aussi toujours la possibilité de déplacer la conversation du film vers son auteur ou ceux qui y ont participé (« Tu as atteint ton but », « Tu dois être super content », « L’équipe est formidable »). Quand on soupçonne le film d’avoir manqué de moyens, on peut toujours commenter ce qu’on aurait pu voir (« J’imagine que, dans cette scène, si vous aviez eu plus de budget… »). Il vous reste 60.52% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.